Dans l'antre de la bête

Dans l'antre de la bête

 

Dans l'antre de la bête Jeannette
      Visions d'horreur
 
            « La bête Jeannette avait quelque chose de surnaturel venu tout droit du monde des trépassés. Elle avait des yeux fixes qui brillaient comme des charbons ardents… Couverte de poils raides, aussi longs que la crinière d’un cheval et plantés droits comme sur le dos d’un chien en colère. »
                                  E. Cogrel - Guémené-Penfao et ses légendes
 
            Cette bête Jeannette habitait les bois de Bruc et, l’an dernier, guidés par le hardi Giovanni, nous sommes partis à la recherche de son antre que nous avons découverte au beau milieu des bois de Bruc… Certains retardataires ont même cru entendre sa « voix rauque venue d’outre-tombe »
 
A l'aventure:
            En ce dimanche après-midi du printemps 2009, après une matinée passée à la recherche de serpents, Florian propose de se rendre à Juzet. Thomas accepte tandis que Benjamin préfère les autos tamponneuses de la fête foraine gâvraise.
            Nous descendons l’étroite route, le ravin sur la droite, qui conduit à l’étang de la Vallée, puis escaladons des rochers défendus par des ajoncs accrocheurs. Au sommet nous retrouvons l’étrange gravure dans la pierre déjà aperçue l’an dernier. L’imagination va bon train… d’autant que c’est ici que commence le domaine de la bête Jeannette, l’étrange monstre guémenéen dont le goût pour les cadavres a fait la renommée.
            Marche sans incident jusqu’à une garenne de blaireaux visiblement en pleine activité, montées et descentes sur des pentes parfois abruptes où nous croisons les pistes d’entraînement d’amateurs de BMX. Impressionnant !
            Et voici que nous suivons une étroite piste ascendante. Par endroits, des marques de griffures au sol, des écorces déchiquetées… La bête ? Thomas atteint le premier la carrière épineuse où il hésite à descendre. Mais tout en bas de mystérieux débris attirent notre attention et nous nous dirigeons tous les trois vers les lieux : des bouteilles, des chaussures et surtout deux masses métalliques…
 
« Chute de cadavres »
            En fait, un examen plus détaillé révèlera une « 403 » à la plaque d'immatriculation sans doute maquillée, une caravane et son attelage… Les véhicules sont « écrasés ». Auraient-ils chuté du haut de la falaise ? Les aurait-on livrés à la Bête avec leurs occupants ? (Eh oui, le lieu sinistre à souhait excite l’imagination !). Soudain, Laurent s’arrête. A ses pieds un sac en plastique, un ancien sac d’engrais attaché par une ficelle bleue. Dans son esprit les souvenirs resurgissent…
 
« 2006, Beaumont, un vendredi 13.
Cachée par quelque remblai récent, une eau stagnante, noirâtre. Un vague dôme gris flotte en surface. Un sac ? Il est près de la rive. Daniel saisit une poignée, tire... En vain.
« Initiatives ». Aussitôt une corde est arrimée à l’objet. « Entraide »... Un sac apparaît. Un dernier effort : il est hissé sur la terre ferme.
Sac gris. Cordage. Parpaing. Film d’horreur ?
Regards échangés. Il faut savoir. Le sac est entaillé. Des poils marron. Un corps monstrueux. Une odeur de mort qui imprègne. Veau ? Chien ? La police municipale est alertée.
Beaumont, un jour de printemps… »
            Moments d’appréhension, d’hésitation. Finalement, la curiosité l’emporte : le sac est retourné… Cette face a été déchiquetée et Florian remarque tout de suite des ossements. Avec l’aide de morceaux de bois, un crâne est sorti. Soulagement et révolte : sans doute s’agit-il d’un chien enfermé dans ce sac et précipité du haut de la falaise. En hommage à la bête ? Quelques pas et un 2ème sac apparaît devant nos yeux incrédules. Même scénario. Nous retournons vers la voiture pour noter l’immatriculation avant de quitter les lieux : 3ème sac, plus récent celui là, près d’excréments frais... C’en est trop, nous fuyons ces visions d’horreur vers les sommets, l’air libre. Là-haut, Thomas remarque une pancarte « Danger carrière » et propose d’ajouter « chute de cadavres ».
 
            Plus loin, Thomas et Florian s’entraînent sur un site d’escalade baptisé quelques années plus tôt « la descente Constantin ». Mais aucun ne parvient à oublier la scène précédente. Sur le chemin du retour nous évitons les hauteurs hantées, nous longeons le Don… Soudain, au pied des rochers de l’antre de la Bête, Laurent aperçoit une forme blanche qui flotte sur les eaux près de la rive. Un crâne ? Une carapace de tortue ? Par des manœuvres délicates nous parvenons à rapprocher la « chose » du bord : un cadavre de carpe.
 
            Des lieux qui respirent la mort ! et sans doute depuis de longues années : ne serait-ce pas l’origine de la légende de la bête Jeannette ? Le rappel de cruelles coutumes si bien décrites dans Pierrot, une nouvelle de Maupassant ? Et que penser du « puits aux chats » en forêt du Gâvre ?
 
           Décidément, la recherche de « Chemins d’avenir » nous met face à des réalités bien sordides !