Les pieds dans l'eau

  

Les pieds dans l’eau,… la tête aussi…

               

               En octobre, nous avons reçu une invitation de lycéens de Briacé chargés de mettre en valeur 8.5 ha de zones humides achetées par le CG44. Un projet évidemment intéressant. Mais, il n’est pas dans nos habitudes de débattre autour d’une table sans connaître « physiquement » le terrain. C’est pourquoi le lundi 11 novembre nous sommes partis à la découverte du lieu munis de bottes et impers, la météo s’étant accordée avec l’objectif choisi : sol gorgé d’eau, zones inondées, crachin breton tenace…

                Le terrain est situé à l’extrémité d’une étroite voie communale qui le longe à l’est. Au nord coule le canal, à l’ouest le ruisseau de la Goujonnière en lisière de la forêt de la Groulaie (450 ha).fosse.jpg

                Nous sommes d’abord intrigués par les solides clôtures de barbelés qui délimitent des parcelles. Dans quels buts ? Pourquoi les tracés choisis ? Nous atteignons rapidement un verger ancien aux pommiers tortueux recouverts de lichen mais étonnamment productifs : le sol est jonché de pommes jaunes, rouges… à la taille impressionnante et au goût agréable pour la plupart. Voilà qui aurait pu nous faciliter la fabrication de jus de pommes ! Peut-être que l’an prochain… A proximité, des rangées de cerisiers et de pruniers demandent également un peu d’entretien. Plus loin, des cognassiers ont entièrement revêtu la tenue grise des êtres chenus. En vieillissant, ils semblent appuyer leurs bras sur le sol dissimulé sous de longues herbes couleur automne. Courbés, diminués, ils évoquent les pensionnaires d’une maison de retraite en voie d’abandon.

                En secouant un pommier, PAD fait s’envoler un groupe d’insectes. « Des abeilles », affirme-t-il en s’éloignant d’un pas rapide. Il est vrai que derrière nous se dressent quelques ruches à l’abri d’un bosquet. Un sapin, un châtaignier, des noyers…, le boisement est varié.

                Flic Floc… nous continuons notre marche vers de nouvelles clôtures. En fait, il s’agit de délimitations récentes « à l’ancienne ». Des fossés ontanthurus.jpg été creusés – pleins d’eau évidemment – et la terre retirée, complétée probablement par un apport extérieur, constitue des talus plantés de jeunes arbustes avec, près de l’entrée principale, une oseraie plus ancienne. De chaque côté, les barbelés protègent ces aménagements. L’attention de chacun est attirée par de rouges tentacules surgissant de l’herbe. Une étoile de mer rougissant de sa fugue ? Une pieuvre terrestre ? Nullement. Laurent et PAD identifient un Anthurus d’Archer, ce champignon déjà observé au temps de la classe forêt et qui serait venu d’Australie, débarquant dans les ports avec la laine de mouton… Au milieu du terrain, une mare se prolonge par une roselière marécageuse. Et chacun d’imaginer un avenir pour ces prairies : production agricole, bovins rustiques broutant l’herbe, zone de loisirs avec cabanes dans les arbres du bois voisin, zone de pêche protégée, frayère pour les brochets… Avec bien sûr un emploi à la clé !

                aventurier.jpgFlic Floc toujours… Nous voici au bord du canal. Enfin presque : un terrain marécageux dominé par des frênes têtards, trop profond pour nos bottes, nous en interdit l’accès direct. Nous découvrons bien une paire de cuissardes oubliée là, mais personne n’a envie de se lancer… En longeant le canal, nous atteignons une nouvelle roselière baignant dans les eaux. PAD s’avance, silhouette noire au milieu des roseaux roussis par l’automne,Laurent le suit, tandis que les dames discutent en contemplant les deux téméraires.

                Nous atteignons une « forêt équatoriale » baignant dans les eaux du ruisseau qui déborde et charrie branchages et majeste.jpgeaux boueuses, écumeuses. Un spectacle grandiose ! Les arbres qui se reflètent dans ce miroir, droits, courbés, parfois quasiment couchés, en bouquets ou solitaires,  sont plus que centenaires. L’imagination nous entraîne vers des continents lointains. Ni caïmans, ni crocodiles cependant… Pendant que PAD continue l’exploration, Laurent trace un chemin plus au sec – c’est relatif – pour les dames qui nous rejoignent. En nous entraidant nous progressons tant bien que mal sur les feuillages glissants, trouvons des passages pour franchir d’un saut les fossés emplis d’eau. Au pied d’un talus, Anne découvre un livre, vestige des recherches de quelque botaniste. Bien entendu il est fortement imbibé d’eau et il faudra le faire sécher pour espérer en tourner les pages. PAD rapporte un bidon plastique qui détonne en ce lieu consacré à la nature, à la biodiversité. Déjà plusieurs plantes nous ont intrigués, dont un bouquet coupant aux feuilles d’un vert intense, une ombelle rosée qui complètera l’herbier de Pamella… Le maintien, voire l’extension et l’étude de cette biodiversité, voilà d’autres objectifs pour ce lieu.

                Dernière étape. En sortant du bois nous débouchons sur un chemin en lisière de forêt. Soudain, une exclamation de Véronique fait lever les têtes: une cheminee.jpgsilhouette de pierres se dessine à travers les arbres. Une bâtisse en ruine – le toit s’est effondré – se dresse là. Les murs de pierre semblent encore solides. Trois hautes cheminées les surmontent. PAD découvre des briques marquées « BLAIN », souvenirs de l’ancienne briquèterie située dans l’emplacement des actuels ateliers municipaux. Ce bâtiment aux vastes ouvertures en arceaux, nous rêvons de le voir restaurer, transformé en demeure du gardien de la forêt et de la zone naturelle, près de la route vicinale et des villages…  C’est l’occasion pour Laurent d’évoquer une exploration de la forêt en compagnie du dernier garde résidant « Porte de fer » à l’autre extrémité du massif. Il se souvient en particulier d’une ferme imposante « La roche Aubry » aux bâtiments disposés en U avec, au milieu de la cour, un puits aux volutes en fer forgé. Aujourd’hui, le site est perdu au milieu du bois dans l’attente d’une restauration. Il revoit aussi ce « repos de chasse » où, selon le gardien-guide les « dames » venaient suivre les chasses installées sur le toit entre deux cheminées… D’où cette réflexion de PAD :

-          Savez-vous pourquoi elles suivaient la chasse ? Tout simplement pour savoir quand préparer le repas des chasseurs !

paffut.jpgToutes ces richesses patrimoniales sont devenues « privées » et sombrent aujourd’hui dans l’oubli. Un partenariat ne pourrait-il être établi avec les propriétaires privés (ou publics… comme l’ONF…) pour valoriser les traces de l’Histoire, ces mémoires qui expliquent et alimentent notre vie actuelle ? Heureusement, il existe une « adjointe chargée du patrimoine » au sein de la municipalité blinoise…

       Juchée sur un observatoire de chasse – poste de tir plutôt – Pamella se transforme en Diane chasseresse… de photos… Une construction qui rappelle que le gibier est une des ressources de la forêt avec les arbres majestueux qui nous entourent…

       Allons, ne laissons pas pourrir les pommes ! Nous emplissons deux sacs avant de quitter les lieux ravis de cette promenade humide, dessous, dessus, partout. Nous « respirons l’humidité » selon le mot de Pamella, mais aussi l’esprit d’aventure et de découverte, la liberté dans une nature vivifiante qui fait oublier les soucis. La crise, la délinquance, les impôts, les portiques à écotaxes, les radars… qu’ils sont LOIN, loin, loin, loin…

                    Des questions :

  •   Nous aimerions connaître l’historique du lieu, les circonstances et les motifs qui ont incité le CG44 à devenir propriétaire, les choix et objectifs poursuivis depuis la date d’achat.
  •   Nous souhaitons également savoir qui gère actuellement le site, avec quel budget, et pourquoi de solides clôtures sont implantées, en fonction de quoi leur implantation est choisie.
  •   La commune de Blain est-elle partenaire du projet ? Les conseillers que nous avons contactés ne semblent ni informés, ni sensibilisés.

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                Quelques idées et perspectives.

                Leur concrétisation dépend  bien sûr du budget alloué.

  •   Nous considérons que l’appel adressé aux étudiants est une heureuse idée. Une collaboration avec un lycée agricole peut sans doute être envisagée dans le long terme (terrain d’application, de connaissances concrètes, d’expérimentations…).
  •   A prévoir, un inventaire et une préservation des richesses du lieu qui pourrait ensuite être consacré à la découverte et l’apprentissage de la nature, des plantes comestibles et médicinales, etc… (particuliers, écoles…)
  •   …Une rénovation et une extension du verger avec des variétés anciennes. Notre association et sans doute des écoles (classes « forêt » et « biodiversité » du collège St Laurent, par exemple) pourraient participer aux plantations, voire aux récoltes.
  •   …Le maintien et la valorisation du rucher avec, peut-être, des objectifs expérimentaux permettant d’améliorer la protection et la résistance des abeilles, des objectifs pédagogiques aussi pouvant aller jusqu’à des stages professionnels.
  •   … La présence d’animaux de races rustiques pour l’entretien des prairies.
  •   … Un parcours labyrinthe, Land’Art, botanique, ludique, un terrain d’aventures dans le bois – voire au-delà –
  •   … Une collaboration avec des associations naturalistes. C’est déjà le cas, semble-t-il avec la LPO. Nous suggérons la « Gaule Blinoise » (emplacement de pêche au bord du canal, frayères…)
  •   … Une ferme pédagogique, « modèle » d’aménagement et d’entretien de site agricole humide :
    •       ·         Talus, haies avec essences variées, taille et valorisation
    •       ·         Protection de l’eau
    •       ·         Rucher, élevage et cultures bios possibles
    •       ·         Voire hébergements type cabanes dans les arbres ou exposition d’habitats insolites (tipis, yourtes…)
    •       ·         Un emploi pourrait être créé, en partie rémunéré par les récoltes, visites guidées, chambre d’agriculture…
  •   … Si possible, une collaboration avec le propriétaire de la forêt voisine permettant l’accès à celle-ci un jour par semaine ou à des dates fixes, éventuellement avec un guide.

 

                Dans tous les cas, il nous paraît indispensable d’aménager un lieu d’accueil avec au minimum un cabanon bureau, un petit espace de stationnement permettant à un car de faire demi-tour (ouverture aux scolaires) et de fermer l’espace à la chasse.

 

Musée de la Nature ou Zone Naturelle ouverte ?

                Le 22 novembre, un tour de table a permis de mieux définir les objectifs de la zone de la Groulaie.

     Présents :

* 4 Etudiants en BTS au lycée de Briacé dont le rôle nous a paru mal défini et qui, pour cette raison, ont eu du mal à se situer : chargés de mettre en place un plan de gestion ? De l’animation ? Ou plus simplement utilisant le projet du CG44 comme prétexte à un dossier d’examen ?

* Leurs 2 tuteurs : Bretagne Vivante et le CG44, en l’occurrence Jérémy Belliot, technicien, véritable cheville ouvrière d’un projet déjà défini et en cours de concrétisation.

* Des associations : la Cicadelle, la MBRF, les P’tits débrouillards, Grain de pollen, Chemins d’avenir (Alain et Laurent) appelées à formuler des souhaits d’animation.

* Deux représentants de la municipalité blinoise.     

     Historique :

                Le lieu était à l’abandon depuis une quinzaine d’années et pollué. Le CG44 a fait valoir son droit de préemption il y a quelques années en raison de la diversité des milieux : canal, bois, haies, prairies, vergers, mares, proximité de la forêt de la Groulaie ; en raison aussi de la richesse floristique (dont 11 taxons patrimoniaux, une importante colonie de fritillaire pintade…) et faunistique (oiseaux et batraciens en particulier).

     Les objectifs, par ordre d’importance :

- Connaissance du milieu (avec Bretagne Vivante et la LPO)

- Protection

- Amélioration (pratiques agricoles, mares…)

- Eventuelle ouverture au public, animations.

     Les premières réalisations :

* Nettoyage et remise en état de friches partiellement boisées, valorisation des mares

* Mise en place de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement :

      - Plantation de haies sur talus (dont osiers utilisés pour la protection des rives du canal) bordés de fossés reprenant le maillage de 1949.

      - Projet de bail avec un jeune agriculteur bio : fauchage des prairies, mise en place de clôtures afin de permettre l’introduction de bovins.

      - Taille de frênes têtards en bordure du canal, habitat possible pour les chouettes.

      - Entretien du verger (fauchage)

      - Introduction de 4 ruches peuplées d’abeilles noires d’Ouessant (gestion par 2 apiculteurs de St Emilien et Héric). Actuellement, ce rucher est aux prises avec le frelon asiatique… L’occasion d’expérimentations ?

 * Animations régulières par l’association « La Cicadelle » : environ une activité par mois d’1h30, une nocturne par an (découverte des arbres, traces, oiseaux, amphibiens, serpents…)

* Contacts avec l’association départementale de pêche (création de frayères…)

     Le débat :

                En fait, il s’est d’abord agi d’obtenir des précisions sur le projet et les réalisations en cours.

                Ensuite, chacun a pu intervenir sur le thème de l’animation : Bretagne Vivante souhaite une ouverture au public, les autres associations ont fait part de leurs activités qui pourraient prendre place sur le site…

                MAIS :

--> Il faut tenir compte des souhaits (décisions ?) du Conseil Général :

--> Ce n’est pas un lieu de détente, de sortie scolaire de fin d’année par exemple.

--> Il n’y aura pas de parking aménagé pour les cars (3 places voitures uniquement)

--> … Pas davantage de panneau explicatif, d’abri

--> Il faut éviter le piétinement, le dérangement des animaux, donc limiter les animations et les programmer suffisamment à l’avance pour obtenir une autorisation d’accès.

--> Il est prévu une barrière avec cadenas à l’entrée.

                En fait, l’idéal serait, semble-t-il, de ne rien changer par rapport au projet actuel du CG44…

           Notre avis :

                Nous avons évoqué la possibilité de participer à un chantier entretien/extension du verger, par exemple avec la classe « forêt » du collège St Laurent, avec les « aînés ruraux de Nort-sur-Erdre qui exploitent un verger conservatoire… La récolte de fruits pourrait également nous intéresser (jus de pommes…)

                Pour apporter un peu de travail aux lycéens et partager les connaissances, nous avons proposé la réalisation d’un dépliant documentaire (et non publicitaire comme les jeunes avaient pu l’envisager).

                Nous avons aussi rappelé notre projet Ecolo/Economique de création d’un emploi en partie rémunéré par l’exploitation du lieu : maraîchage, culture de plantes condimentaires et médicinales, récolte et vente des fruits, élevage, apiculture, accueil des visiteurs… Projet à définir plus précisément soit avec un particulier, soit avec une association de réinsertion… Mais, il nous a été répondu que ce n’était pas dans les habitudes du Conseil Général. Dommage : c’était l’occasion de faire preuve d’innovation et de créer une dynamique nouvelle.

                En conclusion, nous avons retrouvé certains de nos souhaits dans le projet, mais visiblement le rôle des associations présentes et celui des étudiants était fort réduit, l’essentiel – voire les détails – étant déjà organisé.