Le Pilier

Le Pilier en forêt du Gâvre

 

Rendez-vous au Pilier

 
« Giboulées de mars » annonçait la météo… En fait, un soleil radieux nous accueille au Pilier, au nord de la forêt du Gâvre. 14h30, c’est l’heure du départ. Nous nous éloignons en groupe vers le puits de la Fontaine Jaune, l’un des rares conservés par l’ONF. Soudain, Pierre-Axel pousse une exclamation étouffée : il a vu un animal… Trois chevreuils montrent leur panache blanc à proximité avant de s’éloigner tranquillement.
            Guidés par les marques bleues sur les arbres, nous parvenons au puits. Pendant que Pierre-Axel se penche jusqu’à toucher l’eau, nous déchiffrons sur la pierre une date : 1815 ? 1825 ? le troisième chiffre prête à controverse. Quoi qu’il en soit, le puits date des heures de gloire des sabotiers, charbonniers et autres métiers forestiers.
            Du puits peu profond s’écoule un filet d’eau. Il s’agit bien d’une source, d’une fontaine surmontée d’un toit en pierres. Vestige historique, mémoire des hommes tout comme celui que nous avons découvert plus au sud et qui menace ruine. Pourtant, ce patrimoine des humbles, témoin d’un dur labeur, mérite autant de considération que les riches demeures des nobles…
           Nous traversons l’allée du Pilier pour atteindre une zone en pleine effervescence. En cette fin de semaine, les bûcherons amateurs profitent de l’absence des pros pour effectuer leur provision de bois. En effet, nous pénétrons dans une des nombreuses « coupes » de la forêt. Un sentier dégagé nous permet de distinguer les premières pierres de l’alignement supposé néolithique qui s’étend sur près d’un km de long. De pierre en pierre, nous atteignons un site particulièrement impressionnant. Les rochers, peu élevés, sont très proches les uns des autres ; l’un fait corps avec un arbre dont l’écorce s’étend sur le sommet en capuchon protecteur. Quelques bandes plastiques peu esthétiques marquent l’emplacement des premières fouilles. L’on a cherché à dater les pierres par prélèvement de charbon et par un procédé plus novateur qui consiste à prélever un peu de pierre dans le sol pour tenter d’évaluer quand cette mini « carotte » rocheuse a vu le jour pour la dernière fois. Autrement dit, quand elle a été posée là.
            Chacun s’interroge sur l’origine de cet alignement : frontières d’un territoire ? Témoignage de force, de puissance d’une tribu ? Hommage à un dieu ou aux ancêtres ? Lieu de mémoire ou repère pour s’orienter ? Voire recherche esthétique ?…Les hypothèses fleurissent. Pas de témoin pour apporter des limites à l’imagination.
 
            A proximité, une borne en schiste apporte un nouvel élément à l’Histoire. Il s’agit d’une limite de parcelle de l’époque napoléonienne. On en trouve plusieurs en forêt, mais par endroits les puissantes machines modernes les ont bousculées et fait disparaître. Ces monstres ne font décidément pas bon ménage avec l’Histoire ! (rappelez-vous les thermes de Curun), pas plus d’ailleurs qu’avec la nature…
 
            Départ à la boussole droit vers le nord en deux groupes. Les jeunes, avides de dépenser leurs forces, s’élancent les premiers, franchissent chênaie et pinèdes jusqu’à une allée « coupe-feu », point de rendez-vous. Puis, nous nous dirigeons vers la lisière où nous attend un bien triste spectacle, deux dépôts de détritus divers à l’intérieur du bois : vieux matériel agricole, carcasse de voiture, blocs de béton… et, plus inquiétant encore, dans une petite mare : chauffe-eau rouillé, bidons de plastiques suspects, flacons de médicaments… Commentaires inutiles… Nous rappelons toutefois que notre association est prête à contribuer au nettoyage et à la protection de la forêt.
 
            Au retour, nous traversons une étendue de « guinche ». Cette fétuque sèche était autrefois une richesse convoitée, au point qu’il avait fallu en limiter l’exploitation en forêt. C’était principalement une excellente litière animale, la matière première pour la fabrication des « gèdes », ces esthétiques corbeilles dont l’art n’est plus suffisamment transmis. Cyrille, « notre » archéologue, nous a aussi appris que ces herbes sèches constituaient un excellent combustible utilisé autrefois pour allumer les feux… (alors, prudence en forêt !).
            Nous voici à nouveau sur l’allée coupe-feu où pousse allègrement la callune que l’on confond souvent avec la bruyère. Dans un point d’eau nous découvrons des tritons à des stades divers. Raphaël en capture un qui nous révèle son ventre orangé. Serait-ce le triton alpestre évoqué par Adrien et Thomas dans le n°1 de notre journal ?
 
            A la boussole, nous rejoignons le Pilier en deux groupes dont la compétence ne peut plus être mise en doute. Notre observateur aux yeux de lynx a de nouveau distingué la fuite d’un chevreuil. Décidément, ce jour ils avaient décidé d’adresser un clin d’œil complice à leurs défenseurs…