Lectures 2

Complètement cramé

 

                         G. Legardinier : Complètement cramé

 

«  Parfois les gens font des choses pour les autres sans rien espérer en retour ?
-   Ça arrive effectivement. »

                Deux phrases, toute une philosophie à la base de ce roman témoignage de Gilles Legardinier. Un témoignage positif qui vous réconcilie avec la vie, incite à l’action, insuffle une dose d’optimisme. Et dans la postface, l’auteur montre qu’il ne s’agit pas simplement d’une « histoire », de paroles, mais bien d’une conviction personnelle résumée dans ces quelques citations :

« J’aime prendre soin des gens »
« Est-ce le chemin parcouru qui fait de nous ce que nous sommes, ou bien choisissons-nous notre voie en fonction de ce qui nous touche ? »
« Les vieux ont aussi été des enfants. Chez ceux que je rencontre, je vois l’enfant qu’ils ont été. »
« Même étrangers, les humains qui partagent ne font qu’un et sont superbes. »

                Un auteur plein de tendresse pour ses personnages…

                Et le récit, direz-vous ? Composé de courts chapitres constituant chacun un épisode complet, le roman est de lecture aisée. Blake, chef d’entreprise anglais, se transforme en domestique dans un manoir français. « Domestique », celui qui prend soin de la maisonnée. Et elle en a bien besoin ! Trois générations – voire quatre avec Yanis le banlieusard – y vivent isolées, enfermées dans leurs souvenirs et malentendus : « Dans cette vie (…) certains se jettent des bouées, d’autres tentent de nous couler. Il existe aussi malheureusement beaucoup de traîtres à leur espèce qui font la planche sur le dos des autres… »

                Blake, grâce à son humour et ses attentions discrètes, petit à petit, crée des liens, brise les carapaces, élimine les traîtres, apporte le sourire, le bonheur. Dans sa tâche –qui s’adresse aussi à lui-même – il est aidé par les animaux omniprésents : Youpla le chien, Méphisto le « chat »; par l’environnement de bois et jardins qui apporte également sa part de sérénité.

                Le livre fermé, on ne peut que souhaiter à chacun de rencontrer son « Blake » ou mieux encore … de devenir « jeteur de bouées ». Et à l’auteur de poursuivre sur cette voie qui apprend « à avoir moins peur de nous-mêmes et du monde. »

                Un roman émouvant qui finit bien et incite à créer des « chemins d’avenir »

 

La dernière ligne droite – Patrice Franceschi

                « Je considère que c’est un grand crime pour les adultes que de ne pas mettre des livres entre les mains des enfants » écrit l’auteur… et il a raison : son autobiographie se lit comme un roman et donne de l’homme une vision extrêmement dynamique qui ne peut qu’inciter à l’action, à la défense des causes auxquelles on croit. C’est aussi une leçon de tolérance, une apologie de l’esprit d’aventure qui fait oublier ou du moins réduit à une infime dimension nos soucis quotidiens, nos ambitions matérielles.

                Patrice Franceschi va jusqu’au bout de ses possibilités physiques au cours d’explorations, de reportages au service de l’humain. Il apporte une vision volontairement optimiste du monde, évoque « des visages fraternels », des hommes prêts « à donner une part d’eux-mêmes ».

                Récit d’aventures d’autant plus passionnantes qu’elles sont vécues, ce livre ouvre l’esprit à travers des anecdotes, des réflexions « de bon sens ». Et le style est agréable ! Si bien que j’aurais aimé poursuivre plus longtemps la découverte du monde des hommes aux côtés de l’auteur. Un seul reproche : les derniers chapitres où il résume – trop – ses expéditions avec « La Boudeuse » et aligne de multiples remerciements. Mais c’était sans doute nécessaire pour quitter sereinement l’ouvrage.

                          L’or de Justin – Roger Royer

 

                Fuir la société de consommation inconsciente pour retrouver les « vraies valeurs » et même sauver la planète à travers la quête des dernières salamandres, voilà un objectif pour le moins ambitieux ! « Si les inconscients l’emportent, je ne donne pas cher de la planète ». Pour atteindre son but, le héros parisien parcourt son Lozère natal, prévoit même de s’y installer. C’est l’occasion d’une galerie de portraits intéressante.

                Mais le roman est assez trompeur : les soucis climatiques et planétaires ne semblent que prétexte, fil conducteur jamais approfondi ; les solutions sont quasi uniquement passéistes et utopistes. L’intérêt réside ailleurs : dans les personnalités rencontrées diverses et vivifiantes.

                Quant au style, il peut agacer par le recours trop fréquent aux tournures interrogatives, le choix du passé simple… et même du subjonctif imparfait dans les passages de récit – surtout au début -, des reprises nominales parfois déroutantes, une problématique répétitive et longuement délayée… Heureusement, il reste l’action et les dialogues.

                Sans doute serait-il bon d’oublier les questions superficiellement traitées et d’alléger le roman de quelques dizaines de pages afin de valoriser ce qui fait réellement son intérêt : les rencontres improbables du héros Justin qui finissent par converger vers une fin heureuse.

 

             Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison – Arto Paasilinna

 

                Le titre vous intrigue ? Et pourtant, il est conforme au récit : dans les régions arctiques finlandaises s’étend un immense et mystérieux domaine solidement clôturé et consacré aux cultures, particulièrement d’herbes aromatiques bios. Une ancienne mine est devenue une champignonnière où travaillent, dans des conditions proches des bagnes anciens, des bandits en tout genre : assassins, violeurs, voleurs… mais aussi patrons aux salaires démesurés  imbus de leurs pouvoirs, coupables de dépenser sans compter et d’exploiter leurs employés, forestiers qui détruisent impunément les espaces boisés… Le séjour au fond de la mine est censé ramener tous ces « malfaiteurs » à la raison, à un comportement « humain » permettant leur libération.

                Un roman – ou plutôt un conte philosophique – dépaysant. D’abord avec les noms des personnages, ensuite avec le climat que l’on imagine glacial, les immenses plaines marécageuses et forêts, les jours sans fin, et cette rude vie dans les profondeurs de la mine.

                Etrange aussi à cause du caractère affirmé des héros, de leurs convictions d’apporter la justice en se situant hors la loi, comme ce policier enquêteur complice d’enlèvements et de méthodes illégales.

                A travers le récit, les jeux de mots, les situations les plus inattendues, l’humour subtil et décalé, l’auteur incite à réfléchir sur notre société.

-         Ce n’est ni logique ni réaliste, direz-vous… Et alors ? A la manière des contes philosophiques voltairiens, l’auteur ne cherche pas à décrire précisément des lieux, à enchaîner raisonnablement des faits. Non. Le caractère parfois loufoque du récit contribue au charme de ce « roman » que je ne peux que recommander. Rassurez-vous, vous y trouverez tous les ingrédients qui favorisent la lecture : amour, suspens, « héros » ambigus, aventures, nombreux chapitres aux titres qui intriguent et incitent à tourner la page…

             J. Maarten Troost  - La vie sexuelle des cannibales

 

                « Moi, mes lectures, je ne les aime ni trop sérieuses ni trop bêtes, un peu comme le livre que vous êtes en train de lire. »
 
                Cette remarque de l’auteur définit bien le roman dont le titre est totalement trompeur. En fait, un couple relate sa vie et ses découvertes lors d’un séjour de deux années sur les îles Karabati, loin des soucis de notre civilisation, loin aussi de tout le confort moderne. Un paradis ou un enfer ? Avec le temps, au fil des pages, les sentiments de l’auteur et du lecteur évoluent… Des eaux claires, des couleurs chatoyantes, le temps qui s’étire sous le soleil, une vie aux prises avec les réalités quotidiennes les plus élémentaires loin de l’abstraction, du « vent » qui domine notre monde dit civilisé. Mais aussi une nourriture monotone et pas du tout « aseptisée », une absence d’hygiène, des parasites à profusion, de l’électricité et des moyens de transports aléatoires… Et finalement, un retour au « monde moderne » et à ses excès quasi impossible.
 
                Ce témoignage offre une vision nouvelle des îles tropicales idéalisées à travers un humour constant qui rend la lecture agréable.
 
                Allez donc faire un tour aux îles Karabati… bien calés dans votre fauteuil. Et si vous en avez encore la possibilité, la liberté, faites le choix d’une vie simple et vraie axée sur l’essentiel.