A l'eau

A l'eau

    A l’eau

         
            « Libérez le Perche ! Libérez le ruisseau ! »
            Délivrez-moi des bouteilles, déchets, branchages qui entravent mon cours, m’envasent et m’empuantissent !
            Pas de pancartes ce matin à la Fraudais, pas de miracle de la « sainte de Blain », non plus. Pourtant, ne devrait-elle pas être sensible à ce qui fut son cadre de vie… Non, tombeau des vieux arbres, dépotoir pour quelques humains sans gêne, toilette des vaches voisines, je coule tant bien que mal. Ma voix est étouffée. Plus de doux murmures dans mon lit qui fut de graviers dorés…
            Pas de pancartes donc, mais un groupe de jeunes et deux adultes décidés à me redonner un « chemin d’avenir ». Ils me paraissent bien faibles pourtant, avec comme outils leurs bras, une scie et un coupe branches achetés au rabais… Je les entends vociférer devant le vieux poste télé que l’on m’a jeté au visage et qui s’est installé dans mon lit près de quelques bouteilles et autres objets disgracieux… Ils s’acharnent, s’avancent, s’étonnent du gravier noirci sous leurs pieds, hésitent devant le premier barrage. Il faut dire que ma digestion naturelle est ici arrêtée d’où fermentation, boue, odeurs et insectes éboueurs... Ils s’enfoncent, s’organisent et transportent vers la rive les branchages pourris. Aucun n’abandonne, les plus jeunes encouragent…
            S’ils savaient… Oui, s’ils savaient que dix mètres plus loin il faudra recommencer, et encore, et encore. Par la faute du vent, du temps, mais aussi, mais surtout de leurs homologues qui voudraient me faire avaler les branchages qui les encombrent, qui jettent et tournent le dos, tandis que les orties et les ronces s’efforcent de cacher ce triste spectacle m’enfermant encore plus.
            Je veux de la lumière ! briller au soleil, chanter, offrir mes vaguelettes argentées au souffle de la brise !
            Un, deux, trois obstacles sont passés… leurs maigres outils sont déjà usés. Restent les bras, les mains, les visages grimaçants sous l’effort. Devant eux, un arbre abattu depuis peu que l’on a pris soin de couvrir de ramures supplémentaires. Les dénommés Marceau, puis Pierre-Axel le chevauchent et passent les branches à Gaël sur la rive. Laurent et Adrien coupent tant bien que mal. Deux jeunes, qu’ils appellent Corentin et Lilian, les encouragent…
            Une sonnerie lointaine… D’un saut ils rejoignent mon lit en déclarant qu’il est l’heure de « manger ».
            MANGER ! et moi qui voudrais être à la diète, offrir aux poissons qui m’habitent une eau claire, limpide, vivante et pas encombrée de toute cette « mangeaille » pourrissante que l’on m’impose !
            Oh oui ! Vivre d’amour et d’eau fraîche !
            Instants de joie pourtant en entendant leur rire lorsqu’ils se précipitent faisant s’envoler mille bulles vers le soleil.. . Une jeunesse retrouvée sur cette portion de mon vieux corps où ils sont si heureux d’évoluer oubliant fatigue et jambe griffées...
            Qu’ils reviennent vite ! Et mieux armés cette fois pour couper les liens qui m’enserrent, m’assombrissent, me font pleurer. Un comble pour un ruisseau !
            Et qu’ils fassent comprendre aux riverains, à leurs contemporains que nous aussi avons droit au respect. Sans eau courante, que seraient-ils ? Que j’aimerais murmurer à nouveau à leurs oreilles le chant pur de la liberté !
 
… Les semaines ont passé …
 
            « Tiens… des bruits de voix, des bruits de pas. Pas ceux des gros engins qui m’écrasent sans ménagement, pas ceux non plus des 4 pattes qui me considèrent tantôt comme abreuvoir, tantôt comme toilettes… Non, des voix jeunes, une course enthousiaste. Ils sont de retour ! Vite ma plus belle musique, un murmure enjôleur, une douceur veloutée autour de leurs chevilles. Ils sont là, armes à la main. Ils luttent contre les branchages qui m’enserrent, m’étouffent, accumulant la boue que je voudrais emporter au loin, toujours plus loin…
            Mais déjà ils s’éloignent dans un rêve de bulles. Il en faudra des séances pour me libérer totalement ! Pourtant l’espoir renaît. Ils ont chassé bidons, bouteilles et bois pourri, coupé des saules agressifs, joué dans mon lit sous les rayons du soleil matinal. Ils disent que je suis la vie, qu’il faut me protéger, ne pas gaspiller ni polluer mon eau précieuse qui se raréfie. Qu’ils soient entendus et que leur exemple soit suivi ! J’en appelle à tous ceux qui palabrent, décident, à tous ceux qui disposent d’un peu de temps… »

  Le Perche

 

Pêche au coup – Coups de pêcheurs

     
             Ce jeudi, la famille Lemaître invite aux étangs du Pont-Neuf. Bien sûr, le soleil est prévu et il brille sans compter. Pas de coup de soleil pourtant pour Thomas qui se dore sur une pente pendant que sa ligne va sa vie. Il faut dire que Thomas et la pêche, ça fait deux : pas de gaule, pas de ligne. Heureusement, Laurent est venu à son secours et lui a fourni le matériel adéquat. Thomas s’avance sur la rive et bien sûr son premier coup est le bon : il accroche un arbre ! Et que croyez-vous qu’il arrive ? L’arbre ne cède pas ! La ligne de Thomas perdra près de 3 mètres de fil.
            Matinée calme ensuite : les poissons respectent son repos ensoleillé.
            Nouvelle émotion après le pique-nique : Thomas est tiré de sa douce somnolence par Adrien : plus de bouchon ! Soudain alerté, notre pêcheur néophyte sort de l’eau une perche. Coup de chance ou coup de maître ? Mais le petit être – 10cm au plus – doit tenir de l’ogre : plus d’hameçon, plus de bouchon ni de plomb ! Il ne reste à Thomas qu’un pauvre bout de fil orphelin au bout de la gaule. Hors du coup, notre héros peut reprendre sa sieste sans risquer d’être dérangé…
            Coup du sort, c’est à ce moment que la gaule d’Adrien subitement casse. Truite géante aux dents acérées ? Mauvais coup, mais gros coup pour alimenter rêves et récits à la marseillaise…
            Coup de blues pour Raphaël qui espérait une pêche miraculeuse et ne voit rien venir. Il accuse le coup. On peut même dire qu’il prend un coup de vieux face à ce coup du destin.
            Sur le coup de midi, des renforts sont arrivés : Pierre-Axel, Nicolas R., Laurent, des coups de dents affûtés pour un pique-nique grandiose. Coup de chapeau à Brigitte! Elle a tout prévu en quantité et en qualité de l’apéro au dessert. Et merci à nos hôtes !
Près de guêpes affairées autour de leur nid, la tablée de pêcheurs en met un coup ! Nos 7 jeunes ont un bon coup de fourchette (sans fourchette) et les 2 adultes aussi : le grand air , le soleil et la perspective de l’hiver prochain. Ne faut-il pas constituer des réserves ?
Coups de coude, coups de glands fournis par les chênes voisins… et la pêche reprend. Coups de mains de Laurent qui devient « débrouilleur » pro. Il vole au secours d’Arthur, de Benjamin, de Nicolas R.. le fil passe, repasse… et parfois trépasse. Un nouvel hameçon au bout de la ligne de Nicolas et tout est prêt pour une pêche au coup miraculeuse… quand surgit au galop le jeune Arthur, tête en l’air, pieds ardents. Un violent coup dans le fil, un cri… Vrai coup de maître et coup de gueule : Arthur vient d’attraper le plus gros poisson de la journée ! Laurent contemple ébahi l’hameçon profondément enfoncé dans son index. Que faire ? Couper ? Donner le coup de grâce ? Aimablement, Nicolas propose un ciseau « spécial poisson ». Secourable, Pierre-Axel offre son aide et tente avec l’instrument de torture d’extraire le fer ancré dans la chair. En vain. (Ne ris pas lecteur, méfie-toi des coups du sort : tu pourrais être la prochaine victime !)
Mais, n’est-ce pas avec un dégorgeoir que l’on retire un hameçon ? Toujours conscient, Laurent réclame l’objet adéquat. Brigitte s’approche inquiète, le morceau de fer à la main. Laurent le glisse sous l’hameçon, respire un grand coup, et tire ! les chairs se déchirent… et d’un coup surgissent crochet et pointe libérant le gros poisson.
 
Est-ce aussi rude pour les perches, tanches et gardons?
Arthur décide de se faire oublier et déménage vers la rive ensoleillée. Il s’avance encombré et oublie de regarder en l’air. Coup haut ou coup bas, toujours est-il qu’un chêne majestueux décide de venger Laurent : joli coup ! Imaginez Arthur empêtré, l’arbre qui rit tenant d’un fin rameau le fil fragile ! Un pêcheur secourable s’avance, coup de pouce sauveur : le chêne indulgent libère Arthur et son fil.
Coucou ! Voilà Marceau en quête de terreau. En route vers la pépinière voisine, il rend visite aux valeureux pêcheurs. Volée de coups de glands vers le pauvre Nicolas S. qui s’enfuit face aux coups redoublés d’Adrien et de ses copains amateurs de coups fourrés. Trêve et bilan. Le (petit) record est à l’actif de Nicolas R., le pro du groupe qui a sorti 3 poissons coup sur coup. Mais les bredouilles ne regrettent rien.
Pêche au coup, coups de pêcheurs, retour à l’eau pour les poissons et coup de cœur pour les étangs dans leur écrin d’or. La journée fut belle, en bonne compagnie, sous le soleil automnal…