Envolée vers l'île aux pies

Envolée vers l'île aux pies

De notre correspondant : Thomas

                 1° L'aventure commencedepart.jpg

     C'est par une brise fraîche accompagnée d'un crachin que Pierre-Axel, Adrien, Arthur et Thomas ont commencé leur périple, encouragés dès l'aube par Laurent. Le gaz, la nourriture, les vêtements, la tente, tout paraissait prévu pour affronter l’aventure. C'est donc avec envie et joie affichées (et un léger retard !) que nos aventuriers ont entrepris leur marche en avant, direction Redon.

                2° Tourmente en pleine tempête

     Cependant, après quelques heures, le temps s'assombrit et l'humeur des cyclistes aussi. La remorque, qui se déplaçait avec aisance sur la route humide, s'obstinait à ralentir le porteur sur le chemin de halage, avec l'aide du chemin collant et de la fatigue. Les rafales cinglantes giflaient les visages émoussés tout en rapprochant dangereusement les vélos au niveau du sol gravillonneux, tantôt vers les arbres et le fossé empli de ronces (et très accueillant), tantôt vers l'eau profonde et noirâtre. À croire que le destin s'acharnait sur ces compagnons.

                3° Un repos bien mérité

     Mais ils tinrent bon, par obstination, pour se restaurer à Guenrouët ; un faible répit tant le ciel était obstrué par de nombreux nuages qui s'aimantaient aux malheureux explorateurs. De la nourriture! Voilà ce qu'il faut pour remobiliser l'esprit et le corps. Comme sortis d'une lente léthargie, les organismes s'étirent, se réchauffent, au fur et à mesure que les plats se vident, et que les vêtements s'extirpent de leur prison d'eau. Les sportifs tentent alors une sortie en force, à un moment où ni le vent, ni la pluie ne leur prêtent attention…, sans doute pour attaquer à un instant plus propice…

                4° Arrivée au sommet

     S'ensuit alors une course-poursuite entre l'échappée conquérante et le peloton cotonneux. Pourtant, les fuyards sont rapidement rattrapés mais la pluie battante enveloppe la peau et les muscles pour atteindre les dernières résistances. Malgré tout, par une vigueur venue d'on ne sait où, les rescapés redoublent d'efforts et rejoignent finalement la ville de Redon. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises, à quelques kilomètres de là se dressent trois collines. Qu'importe le vent, les montées et les klaxons, la raison est vaincue par leur détermination et ils accèdent au précieux Graal, non sans avoir acheté au préalable d'autres provisions (utiles, évidemment).

                5° Découverte et installation

     Néanmoins, leur quête n'était pas terminée, et il fallait trouver le lieu où planter la tente. L'un d'entre eux, sûrement trop pressé d'arriver, poursuivit sa route et dut remonter la côte qu'il avait descendue. La pluie avait cessé   pour le plus grand bonheur des vaillants adolescents ; en revanche, le vent accrut son souffle glacial, comme pour compléter le vide laissé. La tente se déformait selon les rafales (ou bien se débattait-elle de rage ?) jusqu'à ce qu'elle fut maîtrisée et correctement accrochée au sol. Les quatre mousquetaires pensaient alors que leurs péripéties cesseraient jusqu'au lendemain…

                6° Une soirée animée

     C'était sans compter sur le caractère farceur du matériel remuant. Ainsi, certaines sardines refusaient obstinément, dans un élan de liberté peut-être, de s'enfoncer dans la terre tandis que d'autres rejaillissaient du sol comme si elles avaient repéré un prédateur (un requin ?). Soudain, Arthur s'exclame " Ce soir, c'est fayot ! "  Il s’ensuit, bien entendu, de nombreuses discussions endiablées (dont on taira le sujet...) qui resteront présentes tout au long de la soirée. Tout à coup, un cri, plus d'incompréhension que de douleur. Le fer étincelant du réchaud à gaz a attiré irrésistiblement le regard de Thomas... et sa main (peut-être une vengeance céleste contre son humour désastreux ?). Aussitôt, la fourmilière s'active, et on finit par trouver dans la trousse de secours une pommade anti-brûlure, sous l'air médusé de la victime qui ne semble pas trop s'en préoccuper.

                7° Après l'effort, le réconforttente.jpg

     Après le repas, se disputent les jeux de cartes (UNO ou traditionnelles) agrémentées de bruits issus de la digestion qui perdureront toute la nuit. La veillée se ponctue de crampes (de jambes, heureusement), plus ou moins impressionnantes, une épidémie qui gagne presque toute l'équipe. Puis, le silence prend peu à peu place dans la tente, et l'on n’entend plus que le son des insectes et le chant des oiseaux nocturnes… jusqu'à ce que la pluie s'y mêle à nouveau vers le milieu de la nuit, accompagnée de son clapotis (affectueux ?), qui en réveille plus d'un. " Un temps bien anglais " diront certains.

                8° Réveils brumeux

     Le lendemain matin, de légères courbatures se firent sentir, les cernes témoignaient de l'épuisement engendré par les kilomètres parcourus et on distinguait parfaitement ceux qui avaient bien dormi et les autres. Mais l'heure était à la toilette et, autre surprise, l'eau semblait fort rafraîchissante, d'après les réactions. Les campeurs entreprirent alors de démonter la tente, ce qu'ils firent en peu de temps. Cependant, le pliage devint laborieux et, chassant toute idée de rangement, ils l'enroulèrent comme une crêpe (qu'ils auraient aimé manger le matin). Brusquement, le ciel s'assombrit, et l'on entendit comme un déchirement funeste dans les cieux, une pluie diluvienne (éventuellement londonienne ?) s'abattit sur les quatre malheureux. Plus question de s'arrêter, il fallait continuer.

                9° La malédiction du canal

     Le paysage semble cataclysmique, le cours d'eau tente de conquérir le rivage avec l'aide indéfectible des nuages, qui paraissent se révolter contre les semaines précédentes sans une seule goutte d'eau. Adrien, en tant que cycliste confirmé, conseille de rouler à vive allure, en gardant un œil bienveillant sur son compteur kilométrique. Peu de gens sont rencontrés et les réserves accumulées du matin et de la veille diminuent irrémédiablement chez nos preux chevaliers. De plus, leurs fidèles destriers à roues rechignent, non pas à avancer, mais à ralentir. L'effort continuel du vélo, ajouté à la combinaison acharnée de la pluie, du vent et de la charge de la carriole, ont raison de l'usure de certains freins... La route du retour  promet d'être longue !

                10° La faim justifie les moyens

     Tout à coup, l'horizon s'illumine, Guenrouët est en vue, et les forces physiques du quatuor se décuplent. C'est ainsi que Pierre-Axel impose un rythme effréné (25 km/h) à ses compagnons qui tiennent malgré la remorque. Probablement veut-il éviter une nouvelle averse (même s'il est déjà totalement trempé ?) ou bien cette énergie provient-elle de son appétit d'ogre? Toujours est-il que les quatre revenants s'empressent d'engloutir avec gaieté le festin tant attendu. Les rations militaires, bien qu'inspirant peu de confiance, sont rapidement accaparées puis appréciées. La nourriture s'engouffre avec une vitesse telle que sa fin est proche, et les quatre amis décident de reprendre la route pour une dernière étape.

                11° Fin de l'histoire

     L'accalmie n'est que de courte durée, les flots se déchaînent à mesure que le groupe progresse vers son ultime destination. Les arbres protègent les coureurs harassés du vent mais ils déposent (subtilement) leurs gouttelettes glacées dans le cou de nos mousquetaires. La dernière portion est en vue quand ils atteignent la lisière de la forêt du Gâvre et la fameuse " route rouge ". En dépit de la fatigue, plusieurs rouleurs placent des accélérations, comme pour signifier que plus rien ne les arrêtera. L'équipage perd un à un ses marins au fur et à mesure qu'ils arrivent à bon port dans leurs habits boueux et détrempés. Les sourires rayonnants des vainqueurs contrastent avec leur piteuse apparence et le visage inquiet de leurs parents.

                12° Remerciements et présentations

     Nous remercions nos hôtes pour leur aimable accueil; les parents pour nous avoir laissé partir  malgré la météo; les membres de l'association pour leur aide logistique et plus particulièrement Laurent (et Pierre-Axel) pour avoir trouvé un point de chute  et nous avoir soutenu. Nous avons aussi une pensée toute particulière à l'égard du temps " so british " sans qui cette histoire n'aurait pas été aussi fantastique.

     Ont participé à cette expédition :

- Arthur, dans le rôle du sympathique cuistot ;

- Pierre-Axel, en tant qu'éclaireur averti ;

- Adrien, en avisé conseiller technique ;

- Thomas, le principal " remorqueur ".

N.B. : Cette rando mémorable était destinée à préparer le séjour à vélo dans le Devon anglais fin juillet. L’équipe sera accueillie à South Zeal (d’une importance équivalente au Gâvre) sur les terres du colonel Clark, reconverti à l’agriculture depuis 17 ans. Des activités sont prévues dans le parc national du Dartmoor en compagnie d’un « ranger », des sorties vers Okeampton (le « Blain » local à 5km avec piscine, commerces) et la mer. Et bien sûr une pratique intensive de la langue, en particulier avec les deux ados de la famille Clark.

                Elizabeth et Chantal resteront à portée de téléphone en cas de besoin.

                Bon séjour à nos aventuriers… Nous attendons leur reportage…