Nocturnes

 

Nocturnes

Soupes des jardins

 

               mjsoupe.jpg   Douce soirée d’automne… Au soleil couchant nous nous retrouvons autour du « barbecue/brouette » chargé de réchauffer nos soupes. Partage de moments précieux dans le cadre préservé de notre jardin, sur le banc conçu par Laurent et sous les regards complices de la chèvrerie.
                Pierre-Axel est le cuisinier du jour. Dans l’après-midi, il a préparé de grandes casseroles de « citrouille au lait ». Réchauffé, l’aliment léger et délicatement sucré fait l’unanimité. Pour combler les creux, une soupe à l’ancienne, une « chorba » bretonne de patates, lard, ciboulette mijote pendant que les discussions vont bon train dans l’obscurité grandissante. On s’interroge sur les étonnantes démonstrations de la cane amatrice de caresses, sur l’actualité locale voire mondiale, on trace des chemins d’avenir…
                Les estomacs sont pleins lorsqu’arrive l’heure des desserts. Laurent présente une « soupe de pommes » de saison, Marie-Josée une tarte agrémentée des fruits de son pommier.
                Heureux de cette soirée, nous programmons une « soupe d’hiver » au début des vacances de Noël. Aux participants d’imaginer des recettes variées pour une dégustation aux flambeaux fournis par Marie-Josée. Au jardin évidemment, chaudement vêtus de préférence, avec nos produits bien sûr…
 
 
 

Colère forestière

 

          « C’est une constante dans l’aventure que de maudire les épreuves dans lesquelles on s’est volontairement jetés alors que l’on aurait pu rester paisiblement chez soi. On se dit alors : mais qu’est-ce que je fais ici ? Et quand tout est achevé, on conclut par : ça valait vraiment la peine de vivre une expérience pareille ! »

Patrice Franceschi – Avant la dernière ligne droite

 
                Fin octobre, à quelques jours de la Toussaint, de la nuit d’Halloween ou de Samain pour les bretons, nous avions prévu pique-nique et marche nocturne en forêt.
                D’abord, une réunion du Conseil d’Administration agrémentée de cacahuètes et de « bêtises de Cambrai » permet d’organiser l’association pour l’année 2013/2014 et de faire le point sur les prochaines activités. Régulièrement, un bruit sourd  interrompt les débats.
-          C’est l’orage, affirme Marie-Josée
-          Mais non, il s’agit de la chaudière du local voisin, rassure Laurent soutenu par Pierre-Axel…
                19 heures…  Nous partons à trois vers le cœur de la forêt, allée de l’épine des haies. Par intermittences, l’horizon sud est zébré d’éclairs lointains mais, confortablement installés dans la voiture, une marque française qui plus est !... nous n’entendons rien.
                Voici la table de pique-nique et le cabanon. A proximité s’alignent de longues rangées de chênes couchés, ces défilés mortuaires que le gestionnaire en chef savoure avec délectation. Tant bien que mal, dans la demi-obscurité, nous gagnons la table, déballons, apprécions le dîner improvisé, dégustons même un festival pyrotechnique de haute qualité… mais l’orchestre gagne en intensité et, peu rassuré, Laurent obtient que l’on quitte l’abri des arbres pour le cabanon.
-          On n’y voit pas grand-chose, heureusement j’ai mon smartphone…
-          Il y a une vitre au plafond et, avec les éclairs, il ne fait pas si sombre…
Sur l’allée passe à vive allure un monstre agricole aux grandes dents. Il ne ferait pas bon se trouver en face !
Et voilà que les grondements s’intensifient, la chevauchée des Walkyries approche au grand galop. On ne s’entend plus. Eblouissante clarté lumineuse suivie d’un coup de canon qui déchire la forêt, pétrifie les « aventuriers ». Estomacs noués, jambes flageolantes, nous attendons en silence… Nouveau trait incandescent, bombardement acharné, et la pluie, et la grêle ! Nous vivons l’orage, infimes éléments d’une Nature surpuissante. Pourquoi l’humanité refuse-t-elle aveuglément sa véritable situation et s’obstine-t-elle à défier la Nature dont elle subit et subira les colères de plus en plus violentes si elle ne daigne la respecter ?
L’atmosphère se refroidit subitement  et le paysage prend une teinte gris blanc tandis que la mitraille frappe le toit. Sur les conseils de PAD qui se remémore quelques films d’horreur, Véronique s’éloigne de la vitre  qui pourrait bien exploser… A nos pieds l’eau monte, bientôt il faudra se réfugier sur les bancs. Et la voiture, dans quel état allons-nous la retrouver ? Peut-être devrons-nous dormir ici ?
Nous évoquons la tornade destructrice qui vient de ravager un village du nord de la France. Et si un arbre tombait ? Sur la voiture, sur la cabane ! Et chacun d’imaginer la scène. Se réfugier sous la table ?
Mais voici que les éclairs se font moins intense, les bombardements s’éloignent vers le nord, Laurent rassure. Piétinant dans l’eau, sous une averse plus « raisonnable », il guide le trio vers le véhicule qui, stoïquement, attend. Ouf !
C’est alors qu’une voiture – rouge, précise PAD, s’arrête à proximité. Feux de détresse. Que faire ? S’approcher ?
-          Et s’il s’agissait d’un piège ? murmure Véronique…
                Lorsque nous nous éloignons, le véhicule fait demi-tour et nous suit… puis les phares s’éteignent… Qu’est-il advenu du chauffeur ? Malaise ? Glissade au fossé ? Nous ne pouvons abandonner quelqu’un dans la détresse et, unanimement, décidons de faire demi-tour au rond point.
                La route s’allonge, glissante, couverte d’une épaisse couche de feuilles et de glands. Dans les creux,  une brume estompe les bas-côtés.
                Demi-tour face aux éclairs : un spectacle grandiose ! Deux phares s’approchent dans notre direction : c’est la voiture rouge ! A la fois rassurés et intrigués par ce nouveau mystère nocturne, nous abandonnons la forêt aux manifestations démesurées de la Nature et aux errements des humains.
                Amateurs d’émotions fortes, rejoignez-nous !