Comité de massif 2016

Comité de massif – janvier 2016

 

                Plus d’un an après la 1ère rencontre, nous nous sommes réunis en « Comité de massif » fin janvier. Un groupe constitué de forestiers, chasseurs, associations « nature », office de tourisme, représentants du Conseil Départemental, du Pays de Blain et de M. le Maire du Gâvre. La réunion était présidée par Mme Archevêque, nouvelle responsable des forêts de l’ouest, assistée de Mme Rade qui avait préparé la rencontre et exposait « allègrement » les activités de l’ONF en forêt du Gâvre.

                Madame Archevêque, toute de noir vêtue (un présage ?) nous accueille aimablement. Elle paraît à la fois affable et déterminée, assumant ses choix (et ceux de l’état ?), répétant régulièrement aux multiples interrogations de l’assemblée « C’est nous qui décidons ».

                On peut noter cette féminisation des cadres –au moins dans les bureaux- sans uniforme, ce qui nous éloigne de plus en plus du rôle de « gardien » des forêts au profit d’une gestion administrative et financière.

                La réunion est divisée en trois parties : gestion du bois, chasse, accueil du public. Un ordre qui correspond aux priorités de l’ONF.

                Gestion du bois :

                C’est LA priorité en forêt du Gâvre, ce qui rapporte le plus d’argent. Monsieur Ayraut se charge de répondre aux nombreuses questions posées sur le choix des essences, les « impressions » d’abattages intempestifs créant d’immenses clairières, la vente…

                En ce qui concerne le choix des essences, sept espèces sont retenues. Les résineux sont prioritaires dans les sols pauvres. Sur quelques parcelles très humides et envahies par la molinie, M. Ayraut évoque une végétation « libre », les techniciens ayant renoncé au nom de la rentabilité à implanter des essences qui végètent ou meurent. Chaque année 300 ha sont concernés par des travaux d’éclaircie avec coupe progressive tous les 10 ans jusqu’à la coupe rase. Le bois est vendu dans les parcelles ou en bordure d’allée, principalement à des entreprises locales (Bourdaud – Nozay pour les feuillus, une entreprise de Vendée pour les résineux). Mme Rade nous promet une traduction du code couleur utilisé désormais lors du martelage. A noter qu’il faut un délai de 2 à 3 ans entre coupe à blanc et replantation, le semis naturel étant privilégié pour les feuillus. 90K€ sont consacrés aux travaux sylvicoles, 89K€ aux infrastructures.

                A propos des grands chênes mourants en bordure de parcelles exploitées, M. Ayraut évoque des causes multiples, en particulier le tassement des sols suite à l’intervention des engins de chantier.

                La chasse :

                Les questions se bousculent et il n’est pas facile de prendre la parole. Mme Archevêque souligne l’importance de la chasse en forêt afin que les animaux ne nuisent pas aux plantations. Elle refuse de donner des chiffres sur la présence des cervidés, les comptages – évoqués toutefois par M. Ayraut – ne l’intéressent pas du tout. Par contre, elle a mis en place de petits enclos comparatifs sur la pousse des jeunes plants dans et hors de l’espace grillagé (souvent à proximité de taillis refuges des grands animaux). Si la pousse est moins importante dans l’espace libre, c’est qu’il y a trop d’animaux et qu’il faut augmenter la pression de chasse. Pour cette année, il est prévu 8 biches, 12 cerfs, 14 jeunes, 85 chevreuils.

                M. Payre, représentant des chasseurs, insiste sur la civilité recommandée à ses condisciples et la sécurité. Il souhaiterait d’ailleurs la fermeture de la forêt au public au moins l’un des 2 jours de chasse à tir. Mme Archevêque présente comme une initiative majeure sa décision de limiter la chasse à la bécasse aux 2 jours prévus pour la chasse à tir. Quant à la chasse à courre, elle s’étend sur 3 jours : mardi, mercredi, samedi (calendrier disponible sur internet) sous la responsabilité des allocataires qui peuvent regrouper plusieurs équipages le même jour. Pour ce qui est de la zone de non chasse  souhaitée par la Maison de la Forêt pour ses activités d’initiation à la nature, la réponse est claire et concise : NON.

                L’accueil du public :

                Les investissements dans ce cadre sont limités au contrat établi avec le Conseil Départemental et aux actions de partenariat. Mme Rade nous informe que la subvention départementale a servi principalement à l’entretien des cabanes-abris, 2 ont été brûlées et ne seront pas remplacées, 2 autres isolées à proximité d’allées fermées à la circulation sont à l’abandon. L’accueil au Rond-Point de l’Etoile est privilégié avec, en projet, un affichage informatif complémentaire. En ce qui concerne l’entretien des sentiers, elle suggère un contrat avec le Pays de Blain… et nous apprenons quelques jours plus tard que le contrat est signé !! Très certainement, les négociations étaient déjà bien avancées entre les protagonistes présents à cette assemblée. Est-il normal que le « Comité de massif » en apprenne les modalités par la presse ? Quel rôle jouons-nous ? La devise « diviser pour mieux régner » aurait-elle été adoptée par l’ONF ?

                Parmi les partenaires privilégiés, le groupe IKEA semble le principal investisseur. Au programme, l’observatoire à grenouilles de la Roberdais  ( !!!) dont je rappelle l’aspect démesuré, inutile voire nuisible (bulletin n°29) et la rénovation de mares. Un programme choisi en dehors du « Comité » dont le rôle semble décidément purement informatif.

                Toutefois, notre avis est sollicité sur 2 projets :

*Un sentier pour handicapés avec guidage sur Smartphone au Rond-Point. Faute de précisions, il nous est difficile de donner un avis précis. D’autant que ce projet viendrait, semble-t-il, en concurrence avec la rénovation du parcours sportif privilégié par l’Office de Tourisme qui aimerait le remplacement d’un agrès et un aménagement paysager. M. Ayraut intervient pour indiquer qu’un remplacement total reviendrait moins cher qu’une mise aux normes. Pas de décision claire…

*Autre sujet : l’arboretum. Un projet de verger conservatoire a été formulé par les « aînés ruraux » qui souhaitent l’engagement d’associations locales. Et il nous faut répondre immédiatement !!! Faute de mieux, nous acceptons à condition que les plantations actuelles soient conservées. A noter que Mme Archevêque refuse de nous donner davantage de détails, de nous laisser rencontrer l’association à l’initiative de ce projet…

« C’est nous qui décidons ». Point.

                Quant aux « groupes de travail » mentionnés à plusieurs reprises dans les courriels de Mme Rade et au début de la réunion, il n’en est plus question… Dommage…

                En conclusion, je suggère un classement « forêt d’exception » (et pas seulement de production) comme 17 autres massifs en France (aucun dans l’ouest), ce qui suscite un grand éclat de rire de Mme Archevêque…

                Suite à cette réunion, j’ai transmis le courrier suivant à nos interlocutrices du jour :

Mesdames,

                Je vous remercie pour votre accueil et l’échange d’informations que permet le « Comité de massif ». Un échange nécessaire comme vous avez pu le constater par les nombreuses interrogations des interlocuteurs. Mais un échange qui reste superficiel vu la multiplicité des sujets abordés, l’absence de données précises, de « groupes de travail » en amont.

                Nous avons bien compris que c’est vous qui décidez, comme vous l’avez répété à plusieurs reprises. Notre rôle serait donc purement informatif – ce n’est pas négligeable – mais nous ne voulons pas devenir une sorte d’alibi pour une politique de la forêt que nous n’approuvons pas forcément, comme de nombreux forestiers réunis , par exemple, dans l’intersyndicale SNUPFEN dont nous soutenons la plupart des valeurs et propositions.

                Vous ne nous avez véritablement demandé un avis que sur 2 points :

  • L’aménagement du rond point de l’Etoile, apparemment déjà défini avec le Conseil départemental. Quant au projet de sentier pour personnes handicapées, il mériterait d’être d’abord approfondi en « groupe de travail », tout comme l’avenir du parcours sportif.
  • La transformation de l’arboretum pour laquelle vous nous avez demandé un engagement, sans que l’on puisse connaître véritablement le projet ni rencontrer les initiateurs. A défaut de mieux, face à un ultimatum, on finit par accepter…, même si un arboretum forestier tel qu’il en existe dans certaines forêts dites « d’exception » pourrait avoir notre préférence.

    Nous avons bien compris que l’accueil du public, l’éducation à la nature ne figuraient plus dans vos objectifs prioritaires commandés par la finance, que nous n’avions aucune influence sur les questions de chasse, de gestion forestière définies au niveau national, que la forêt n’était pas un « espace sauvage »,… mais – comme dans l’agriculture – il existe plusieurs façons de cultiver et la voie « industrielle » n’est pas forcément la meilleure... Nous avons aussi constaté que les groupes de travail évoqués n’étaient pas mis en place… C’est donc finalement une certaine frustration que nous retirons de cette réunion annuelle.

    Mais peut-être cette simple information correspond-t-elle à vos objectifs ? Merci toutefois de mieux définir notre rôle afin que nous ne nous bercions pas d’illusions…

    Cordialement

    L. Joulain – « Chemins d’avenir »