Haie'p là!

Haiep'là

 

Haie’p là

 

         La municipalité de Blain (44130) a décidé de procéder à un inventaire des haies et arbres. Une initiative qui ne peut qu’intéresser un club CPN ! Le secteur 11, celui de Laurent, nous est affecté. Un vaste triangle de plus de ( km de côté. Une tâche immense !!! Il faut reporter en couleur sur des cartes cadastrales  pas du tout conçues pour ça les types de haies – 5 différents ! et les arbres jugés remarquables. Et pour chaque haie nous disposons d’une fiche où il faut reporter de multiples renseignements.

       Nous tâtonnons un peu au début, puis, très vite chacun se spécialise. Benjamin qui a « le compas dans l’œil » complète les cartes. En bon secrétaire, Thomas remplit les fiches. Laurent guide sur son « territoire », repère les arbres remarquables, les principales essences et prend quelques photos. Certains jours, Annie apporte aussi un avis complémentaire. Quant à Pierre-Axel, c’est le multi tâches capable de remplacer chacun au « pied levé ». Des hésitations parfois, des doutes sur la cartographie ou l’orientation des haies, les arbres à noter… Mais rien ne nous arrête : en 2h30 nous répertorions plus de quarante haies en moyenne. Pas facile pourtant sur ces cartes dont le quadrillage correspond aux propriétés et pas du tout –ou presque- à la végétation qui nous intéresse.

 Pourquoi ce recensement ?

            On peut bien sûr penser à une protection d’un maillage vert, d’arbres intégrés au patrimoine. Se référer aussi au « Grenelle de l’environnement » qui souhaite réserver 5% des exploitations agricoles aux haies et bosquets, incite à créer des voies vertes et bleues, des « corridors écologiques » pour la circulation des animaux et des déplacements tranquilles. J.P. Hamon, adjoint blinois, a souligné l’importance des haies, talus et fossés pour la régulation des pluies. Il a aussi évoqué un recensement des réserves d’énergie bois… Un inventaire pour « mieux connaître ce patrimoine végétal et mieux le protéger » résume L. Legoux dans un article du bulletin municipal.

 Rencontres

            La vie verte n’est pas notre seule compagne de route. On pourrait bien sûr évoquer les merisiers, prunelliers et poiriers en fleurs, pissenlits et pâquerettes dans les prairies, primevères, violettes et « pentecôtes » des talus… Mais le bruit qui attire l’oreille de Benjamin ce matin n’a rien de végétal.

-         Tiens une ensileuse !

     Et notre spécialiste parie sur la marque, le type. A la couleur, il reconnaîtra tracteurs et remorque, précisera même le tonnage ! Quasiment un sans faute. Le premier agriculteur rencontré, debout au pied de son redoutable engin, nous salue amicalement. Un second s’arrête pour discuter cartographie e… D’autres nous croiseront sans même un regard, parties intégrante du monstre qui fonce sur la route de remembrement…. En fin de journée, nous verrons au loin un autre tracteur en train de semer le maïs dans un vaste champ dont on a pris soin d’ôter les haies, une gêne pour les machines. Evoluons-nous dans le même monde ?

  Piétons à ras de terre, ne sommes-nous pas plus proches des animaux ? De ce magnifique renard roux, par exemple, qui échange un long regard avec Thomas avant de s’éloigner à notre approche. Quel message a-t-il bien voulu faire passer ? (Quelques jours plus tard, toute sa famille sera détruite par les chasseurs). De ces blaireaux dont nous contemplons, étonnés, l’habitat familial. Des trous impressionnants ! Un travail de Titan. Et tout un réseau de sentes pour les sorties nocturnes.

-         Regarde, un faon !

   En fait un lièvre, un énorme lièvre, bondit près de nous, dérangé par notre approche. La pointe noire de ses oreilles disparaît au coin du bois.

-         Et ces traces, qu’est-ce que c’est ?

   D’énormes griffes marquent la boue à proximité du ruisseau. Sûrement la « bête de Magouët », source de futures légendes…

-         Un ragondin !

  Effectivement, un vieux rat borgne est allongé à la surface de l’eau. Il fait le mort… mais ses flancs battent à un rythme accéléré. Vieillard usé ou provocateur ? Harcelé, il finit par plonger, arborant des canines sanguinolentes. Puis il reparaît devant son trou creusé dans la rive. Immobile. Lorsque Thomas le chatouille d’une branchette, il plonge à nouveau, s’éloigne sans vouloir se cacher. Que veut-il ? Notre tâche nous attend. Il gardera son mystère…

   Plus loin, c’est un sentier fréquenté par les chevreuils. Des empreintes sont encore fraîches.

-         Celle-là est bien plus grosse, on dirait plutôt un cerf ou une biche, constate Thomas.

-         Comment se fait-il qu’on ne voit pas de buses ? s’étonne Benjamin.

   Aussitôt cinq planeurs paraissent et lancent leur cri de défi dans un ciel que ne trouble aucun avion – Merci volcan… et que les naufragés nous pardonnent !

-         Un nid aussi énorme, de quoi peut-il s’agir ?

-          Une pie, suggère Laurent. Elle prend soin d’abriter sa couvée sous un toit, d’où cette forme de bonnet des gardes royaux anglais.

   Nous nous intéressons aussi aux humbles mulots qui cherchent pitance au milieu des haies, au chant des merles, pinsons…, au coucou dont les notes lancinantes nous poursuivent tout au long du trajet.

    Finalement, ce recensement des haies, c’est l’occasion de contacts rapprochés avec la Nature des champs et des bois, de rêver pour elle à des chemins d’avenir malgré le développement d’une agriculture intensive et l’extension acharnée du béton et du goudron.

Quelques observations :

    Sur « notre territoire », le chêne est vraiment dominant, mais peu d’arbres atteignent un âge respectable. Souvent ils deviennent bois à feu ou disparaissent au profit de champs toujours plus grands. De trop rares « courgasses » aux formes étranges attirent notre attention. Ces bois pliés ou non, autrefois émondés, participaient à la constitution des clôtures, les branches étaient utilisées par le fermier comme bois de chauffage. Quant au tronc vieillissant, il sert de refuge à la faune. Une coutume disparue, un savoir oublié.
    Aubépines , prunelliers et quelques poiriers sauvages égaient de leurs fleurs blanches les « haies arbustives », tandis qu’ajoncs et ronces dominent dans les haies basses.
    Etonnants, ces nombreux petits bois qui jalonnent le territoire, autant d’étapes pour les chevreuils vagabonds.
    Des talus, il en subsiste encore, surtout au bord des routes et anciens chemins pour la plupart abandonnés et transformés en taillis. Ils contribuent, avec les haies perpendiculaires à la pente, à réguler l’écoulement des eaux de pluie et favorisent la biodiversité.
    Au bord du canal, dans une zone marécageuse (à classer ?), des arbres meurent les pieds dans l’eau. Un lieu encore sauvage où, pourtant, s’allonge un sentier fréquenté par les marcheurs, où meurent aussi, piétinées, jacinthes des bois et plantes aux multiples visages.
-         Et ces grosses pierres blanches ?
Certains pensent néolithique, d’autres affleurements rocheux. Une ligne qui s’étend de Magouët au cœur du Pont-Piétin.
-         Et cette voie pavée ?
      Un panneau récent nous apprend qu’elle était utilisée pour conduire des charrettes de pierres au canal. Le pavage caractéristique correspond à l’emplacement des roues. Nous en retrouverons d’ailleurs une portion quasiment à l’état neuf sur un terrain privé à proximité de la vaste carrière aux parois impressionnantes. Un entretien qui n’intéresse guère les voitures de pêcheurs ou de fêtards qui descendent au bord du canal…, qui n’intéresse pas davantage l’adjointe chargée du patrimoine… Dommage ! Une mise en valeur de ce site qui serpente sous la voûte des bois constituerait un véritable attrait.
-         Et les barbelés ?
    Finalement, ces « haies » modernes si peu esthétiques, si redoutables pour la circulation des grands animaux, ne sont pas si nombreuses . Souvent, on leur préfère un simple fil électrique, parfois posé temporairement.
       Peu de ruisseaux sur notre trajet, bordés généralement de saules et frênes. S’y ajoutent des aulnes glutineux et des sureaux à proximité du canal. Quelques mares nous ont surpris au milieu des champs, mais la plupart ont été remplacées par des bacs en plastique…

 

 La Nature vit encore sur notre territoire, façonnée par des générations de paysans qui savaient collaborer avec elle. Mais la civilisation actuelle où l’homme se croit seul maître a entamé ses ravages. N’oublions ni tempêtes, ni inondations, ni sécheresses… ni volcans ou tremblements de terre. Le maître n’est peut-être pas celui qui s’affirme tel. Il est encore temps de travailler AVEC la Nature et pas CONTRE elle. Puisse cette démarche y contribuer !