A la découverte du patrimoine forestier

 

A la découverte du patrimoine forestier

               

                 Lors du premier « Comité de massif », j’avais suggéré un inventaire des légendes et traces de l’Histoire liées à la forêt du Gâvre. Nous savons bien que ce patrimoine est connu des forestiers et partiellement répertorié sur les cartes de l’ONF, en fonction sans doute de ce que l’on souhaite conserver… Mais, comme M. Couka, responsable régional, a demandé un relevé GPS, nous avons décidé de tenter l’aventure.

                Le GPS :

                Bonne nouvelle, la MBMF (Maison de la Forêt) possède le matériel adéquat. Il est inutilisé et l’on ignore même son mode d’emploi. Après recherche, Patrick emprunte l’engin, le met en charge et passe une longue soirée à la recherche de l’interrupteur caché… Et ce n’est que le dimanche matin que les jeunes yeux de PAD découvrent le bouton dissimulé. L’engin fonctionne ! Mais, sans mode d’emploi, pas facile de progresser dans les multiples fonctions proposées, d’autant moins que parfois, mystérieusement, des lettres disparaissent du clavier virtuel. Voudrait-on nous imposer une direction ? En tâtonnant, les 4 mains (PAD et Patrick) finissent par découvrir leur localisation : latitude et longitude, c’est ce que nous cherchions !

                Ateliers du fer :

                C’est près de la route Vay/Plessé (restons modestes) que notre chauffeur néophyte range sa voiture, verte évidemment Fragonspour ne pas trop perturber le milieu naturel. En face de la borne 47, nous nous enfonçons dans la forêt. Etonnant paysage : un riche sous-bois de hêtres et de houx, des chênes habillés de lierre aux tiges monstrueuses, de véritables « murs » de fragons. Cette plante qui croit sur un sol caillouteux, ou pour le moins drainant, est souvent révélatrice de bâtisses anciennes. Au milieu des primevères, elle dresse ici ses pointes épineuses ornées de fruits rouges sur de multiples monticules. Des trous imposants témoignent de la présence de blaireaux, une importante garenne. En fouissant, les animaux ont mis à jour une terre noire, des scories de fer. C’est au moins le 3ème « atelier » de ce type que nous découvrons. Décidément la forêt devait être un intense foyer industriel au temps des gaulois (environ 300 avant notre ère). Minerai d’ici ou d’ailleurs, bois en abondance, cours d’eau à proximité : la situation idéale pour les « bas fourneaux ». A propos de ruisseau, le voilà qui nous barre le chemin. Les « bottés » traversent tranquillement, PAD prend son élan et bondit au-dessus des eaux claires et chantonnantes. Retour vers la route…

                Les vétistes hurleurs :

                Au loin, d’étranges hurlements attirent notre attention. Animal pourchassé ? Humain attaqué, torturé ? Un soupçon d’inquiétude gagne nos cerveaux. Et les hurlements sourds se font plus bruyants, se rapprochent du lieu où la voiture est stationnée… Soudain, PAD et Patrick s’exclament en même temps : « Regarde ! »

                Au cœur du bois, une sorte de long serpent se déplace rapidement en sinuant. C’est de là que proviennent les hurlements. Et le dragon fluo vient dans notre direction hors allée ou sentier : des vétistes hurleurs ! C’est la première fois que j’aperçois ce moderne animal forestier hors de tout sentier battu. Un prédateur imposant composé de 14 membres. Seule la tête hurle à intervalles réguliers un étrange appel, plutôt sinistre, qui résonne dans le bois défeuillé. Et l’animal s’étire, membres jeunes à l’avant, puis de plus en plus lourds et vieillissant jusqu’à la queue qui peine à suivre le mouvement.

                Vers le site du Pilier :

                Nous empruntons une allée tranquille. Il faut dire que les allées non goudronnées de la forêt sont interdites aux véhicules (sauf ceux des chasseurs et boisiers). De chaque côté, s’étendent des chênaies au riche sous-bois où s’agitent quelques oiseaux au plumage discret. Par endroits, des pierres blanches saillent du sol. Il est vrai que nous ne sommes pas loin des fameux « alignements néolithiques ». Ces pierres ont-elles réellement un intérêt historique ? Faut-il les répertorier ? Pour l’instant, Patrick se contentera d’informer nos amis spécialistes de la MBMF qui pourront continuer l’inventaire… Tiens, un trou sur la droite. Profond. Protégé par une barrière. Obus ou autre bombe ? Etude du sous-sol ?...Puits

                Nous avançons dans le sous-bois à la recherche du puits de la Fontaine Jaune, un trou d’eau surmonté d’un dôme en pierres gravé à l’intérieur  « 1845 ». Deux autres mots figurent sur la face externe, mais nous ne parvenons pas à les déchiffrer entièrement. Près de là, le système racinaire d’un arbre allongé est mis à nu. Un enracinement peu profond, grisâtre, entremêlé d’argile et de cailloux. Le manteau d’humus retombe sur le sommet comme une chevelure…

                Des arbres morts, victimes du temps ou des tempêtes jonchent le sol ici, partout, provoquant l’indignation de Patrick qui évoque le manque d’entretien, le gaspillage, une main d’œuvre redirigée vers les forêts littorales ou des contrats avec l’EDF… Au moins, les pics peuvent bénéficier des arbres morts où une nouvelle vie s’est installée !

                Avec le GPS, nous situons une ancienne borne en schiste…

                Sur le rond-point du Pilier Patrick prend la pose, tandis que PAD ferme les barrières des six routes qui convergent là.

                Allée de la Fontaine Jaune :

                Ici les abattages sont récents. Selon la nouvelle technique de vente de l’ONF les troncs sont déposés en bordure d’allée. Plusieurs portent la marque verte d’une ancre de marine, des troncs de chênes souvent arqués pour de futurs navires à l’ancienne. Nous franchissons l’allée de l’homme mort. Et PAD rappelle cette étrange photo prise là dans une flaque d’eau. Une photo où apparait, au milieu des nuages, la silhouette d’un homme vêtu de sombre et coiffé d’un chapeau… Le fantôme de l’homme mort ?

                Sur la gauche, les semenciers conservés paraissent bien jeunes avec des troncs de faible diamètre. De jeunes Scorieplants émergent de la molinie omniprésente. Un lieu humide aux nombreuses flaques d’eau et petites mares. Tout là-haut, un couple de buses plane. En été, l’engoulevent parcourt, bec ouvert, ces étendues déboisées en émettant son étrange bruit de mobylette… Sur la droite, dans une parcelle de jeunes chênes en régénération, on a ménagé des coupes régulières (ouvertures de cloisonnements), éliminé les hêtres. Au loin, un pic martèle un tronc. C’est vers un massif de ronces que Patrick se dirige. Laurent décèle un passage de blaireaux sous le roncier, la terre noire mise à nu montre des scories de fer. Encore un atelier gaulois ! Décidément la forêt est riche d’empreintes historiques. Faut-il les cacher ou les valoriser ? Les étudier ? En tout cas, il paraît nécessaire de les conserver, d’éviter les gros engins dévastateurs sur ces sites imprégnés de notre Histoire.

                Sur le chFeerieforemin du retour :

                Cédant aux appels de l’estomac, nous faisons demi-tour et, en suivant une sommière envahie de ronces retournons vers la voiture. Au passage, Patrick nous montre des « fumées » de cerfs aplaties, d’autres de biches plus petites et allongées, une trace de renard aussi. Au loin se fait entendre un pic mar, une espèce protégée. Dans une clairière, une pancarte attire notre attention. PAD s’approche, glisse sur un tronc et s’allonge de tout son long dans l’eau du fossé ! Le panneau montre la végétation forestière de ce lieu humide dépourvu d’arbres. En face, Patrick  nous montre le piment royal, aux nombreux surnoms : bois-sent-bon, piment aquatique… Cet arbuste odorant des landes humides est protégé. Il fixe l’azote de l’air et a connu de multiples usages (parfum, répulsif des moustiques, teinture, usage médical…) Au printemps, nous reviendrons contempler sa floraison caractéristique.

                Une bonne matinée de marche agrémentée de découvertes intéressantes, avec un guide particulièrement bien informé. Et nous nous donnons rendez-vous trois semaines plus tard (8 mars 2015 de 10h à 12h30) pour une nouvelle exploration. (si vous voulez participer, contactez-nous)

Forêt et patrimoine – Episode 2  

            Epais brouillard ce matin entre Blain et Le Gâvre, mais le soleil nous rejoint au jardin pour un départ souriant.  Pour cette 2ème rando patrimoine en forêt du Gâvre, Patrick nous dirige vers « l’Epine des Haies », arrêt au niveau du « petit Limois » près d’une mare. C’est Adrien qui a pris en mains le GPS. Une remarquable dextérité qui nous permettra de fixer clairement les points remarquables et même dPuits 1e tracer notre itinéraire…  Comme souvent en forêt, nous commençons par rassembler des déchets : bouteilles et plastiques divers avec -  c’est fréquent – une surprise : aujourd’hui ce sont les restes d’une poupée gonflable décapitée. L’amour de la forêt ?  Guidés par Laurent, nous franchissons un pont au-dessus d’un ruisseau mordoré et nous atteignons rapidement le puits du « père Ygault » en contrebas, à une vingtaine de mètres de la voie. Un puits habituellement dissimulé par les feuillages, quasi oublié et abandonné. Il est fermé par une grille rouillée. Au toit il manque une longue pierre plate. Une branche est tombée dessus… Une remise en valeur s’impose.  Voici une clairière, plus exactement une mini lande humide couverte de molinie fanée. Là pousse le piment royal, ce rare arbuste odorant qui peut atteindre 2 mètres (voir ci-dessus).

          Forêt vallonnée :  Nous suivons un sentier vers une ancienne garenne que Patrick, malgré tous ses talents, ne retrouvera pas. Il est fort agréable de cheminer sur un tapis de feuilles crissantes au sein d’une futaie où jouent les rayons de soleil. Hêtres et houx peuplent le sous-bois vallonné. De rares pins servent de frayoirs aux cerfs. De ces arbres frottés coule une sève collante et parfumée. Au sol nous repérons des fumées de cerfs, des crottes allongées d’un côté…  Parfois, une touffe herbacée (asphodèles ? Canche ?) se dresse au milieu du sentier. Des euphorbes souffrent en en bordure. Le cœur d’un polypore squatte un tronc de bouleau. Soudain Annie nous interpelle. Un siège de voiture – son squelette plutôt – est posé au pied d’un arbre. Quel fantôme vient s’asseoir ici au cœur du bois ? Cette vapeur d’un blanc transparent sur la 1ère photo : le père Ygault dont nous foulons le domaine ?  En descendant vers la route nous découvrons la source qui donne naissance aux cascades du père Ygault. De saut en saut, l’eau se dirige vers le ruisseau qui murmure en contrebas. Un ruisseau aux mille sourires lumineux, une eau claire sur un lit d’or. Des chants d’oiseaux aux tons variés… Tout pour une pause nature enchanteresse.

          Vers la vallée du Pacha :  Nous quittons les lieux pour une ancienne garenne de blaireaux près de l’arboretum. Au passage nous saluons un poteau indicateur en fonte de l’époque napoléonienne  Pas de trous récents dans la blaireautière, mais des passages marqués au sol, des arbres frottés. Bientôt les blairotins devraient mettre le nez dehors et animer la vie nocturne de ce sous-bois.  Au bas de la peAnniente nous accueille la vallée du Pacha (« pas de chats » disent certains) où Patrick nous guide à travers des pins torturés, des flaques d’eau, des trouées vertes… Nous repérons des moquettes de chevreuil, un arbre souillé par les sangliers qui doivent fréquenter ces fourrés et flaques d’eau propices à des bains antiparasites. Par endroits s’épanouit la lathrée clandestine : de jolies fleurs violettes qui sortent du sol serrées pour former des bouquets attrayants, pas de feuilles visibles, pas de chlorophylle. En fait, il s’agit d’une plante parasite assez peu répandue des racines de saules et autres arbustes des zones humides. On en trouve aussi des tapis près de la Fontaine Pétaud. Quelques rangs de barbelés rouillés, cassés, des rouleaux oubliés… et nous débouchons sur une ancienne prairie abandonnée. La partie haute est entourée de 3 rangs de clôture électrique au grand regret de notre guide qui aimerait que l’ONF l’entretienne pour nourrir les animaux de la forêt. Une façon de limiter l’abroutissement et de créer un attrait touristique en liaison avec l’arboretum voisin, hélas à l’abandon.  Soudain, Adrien attire notre attention : une biche nous a repérés et détale à travers bois.

           La Fontaine Pétaud :  Nous rejoignons cette fontaine par un sentier tracé au milieu d’un gaulis. Il s’agit d’un puits bas couvert de pierres plates qui s’ouvre au milieu d’un sentier. Cette source donne naissance à un filet d’eau qui s’écoule vers l’ancienne voie ferrée en contrebas. Dans une anfractuosité, un bocal contient un message de « géocaching ». Ce puits/fontaine a servi aux charbonniers, sabotiers et autres anciens habitants de la forêt. J’ai même utilisé son eau lors de séjours avec des groupes de jeunes dans la maisonnette, aujourd’hui démolie, en bordure de l’ancienne voie ferrée. Une fontaine riche de récits légendaires, autrefois fréquentée par les jeunes filles en âge de se marier ou d’enfanter.Korrigan

- Eh ! Le génie de la fontaine ne serait-il pas en train de nous observer ? On dirait bien sa tête moqueuse !  

De l’autre côté de la voie ferrée coule un ruisseau, au-delà s’étend un vaste « atelier du fer » gaulois. Sous les ronces se dissimulent de nombreux monticules de scories.  Sur un talus exposé plein sud et récemment tondu, Adrien découvre une femelle lézard vert de couleur terne (à la différence des mâles) qui se recharge en énergie solaire. Elle disparaît rapidement dans un trou proche.  Et voici l’allée de « l’épine des haies », long reptile rougissant aux ondulations qui rappellent le « Ness » du « Loch » écossais. De récents travaux d’élagage et de broyage au long de l’allée offrent une perspective remarquable. Sur la gauche, des enfants ont bâti une jolie cabane de branchages, type yourte mongole.  

           Des visages accueillants de la forêt comme on aimerait en trouver davantage sur l’étendue du massif.