Rencontre avec les chasseurs

Chasse en forêt du Gâvre

 

A l’invitation de l’association « Pour et Avec la Forêt du Gâvre », une rencontre a eu lieu avec les chasseurs :
                M. Kulka – chasseur à courre et bécassier dans divers massifs, propriétaire de forêts privées
                M. Guillard, chasseur à courre
                M. J.P. Allain, technicien à la Fédération des chasseurs

                Après des considérations générales sur la gestion des forêts, M. Kulka a fait remarquer que la situation de la forêt du Gâvre est différente de celle des autres forêts domaniales qu’il connaît. C’est à son avis, et de loin, la plus mal entretenue.

                Il s’appuie sur différentes observations :

  • ·         Les grands animaux sont « décantonnés », repoussés dans les petits bois des environs. Et ce, en raison de l’importance des abattages qui entraîne des surfaces d’éclaircie démesurées. En raison aussi de l’importance de la fréquentation – c’est la seule forêt domaniale du département. Il constate que si, il y a une dizaine d’années, les cerfs chassés restaient en forêt, aujourd’hui  ils « débusquent » (sortent du bois), ce qui crée des conflits avec les riverains. En raison également de la pauvreté de la nourriture en forêt.

Il préconise une circulation réduite avec, en particulier, des barrières fermées sur les allées (elles existent mais sont toujours ouvertes), la culture des pare-feux actuellement envahis par les mauvaises herbes, voire les ronces, et l’ouverture aux grands animaux des prairies en lisière propriétés de l’ONF.

  • ·         Les allées sont défoncées, non entretenues. Une bonne gestion des barrières et une réduction des gros engins permettraient d’améliorer la situation. A noter que son rallye dispose de 9 laissez-passer voitures lors des chasses à courre.

                Tout en approuvant les constats précédents, J.P. Allain souligne aussi les quotas d’abattage de biches (chasse à tir) totalement démesurés dans les années 2000. Aujourd’hui, la Fédération donne son avis à la commission départementale présidée par le préfet. Elle a obtenu une réduction significative, mais encore insuffisante « Nous sommes encore largement au-dessous des densités de cervidés raisonnables pour le massif », indique le technicien.

                Ainsi, pour 2012/2013 : 40 chevreuils, 9 jeunes cervidés, 7 biches, 10 cerfs mâles.

                A noter que les animaux blessés, accidentés, tués hors forêt ne sont pas comptabilisés, et que ces quotas vont au-delà des préconisations de la Fédération.

                Madame Agus rappelle la volonté de l’ONF de réduire le nombre de cervidés dans ses forêts de 3 à 1 aux 100 hectares, la priorité étant donnée à la production de bois.

                Monsieur Guillard insiste sur l’importance des ornières liées aux lourds engins utilisés en forêt, la circulation difficile sur les sentiers et l’ancienne voie de chemin de fer avec la présence d’arbres tombés « que l’on n’a pas le temps de dégager » selon l’ONF ou qu’on laisse volontairement pour limiter les déplacements, pense le représentant des attelages à qui on a déclaré « qu’on ne voulait plus le voir en forêt ». Il évoque aussi la présence de déchets. A ce sujet, le cavalier audomarois signale le dépôt d’un vieux frigo en bordure de la route de Conquereuil. Le représentant de l’ONF qu’il a contacté a répondu qu’il passait tous les jours devant mais qu’il avait trop de travail !!! Lorsque le cavalier lui a proposé de l’enlever lui-même, il lui a été répondu qu’il risquait une amende !

                Ce qui rappelle nos nombreuses propositions d’aides à l’enlèvement des déchets en forêt, toujours restées sans réponse.

                Parmi les derniers sujets évoqués, on peut noter la présence de cerfs Sika échappés d’un élevage qui risquent de « polluer » la race de nos grands cervidés. J. P. Allain explique également la nécessité d’une régulation des grands animaux (sangliers surtout) en raison des dégâts agricoles. La Fédération doit rembourser 160 000 euros par an aux exploitants. Il constate que la concentration de cervidés dans certains petits bois (ex. Quehillac en Bouvron) nécessite l’attribution de bracelets supplémentaires. Mais les chasseurs hésitent vu le coût (27 euros pour le chevreuil,  100 euros pour les cervidés).

                Mme Agus met en garde ceux qui rêvent de trouver le calme en venant habiter en lisière de forêt : « Avec 4, voire 5 jours de chasse par semaine (1), on se croirait en guerre : coups de fusil, cris des hommes, abois des chiens, cors circulation… On est bien loin du calme rêvé ! L’autorisation de construire en lisière ne devrait-elle pas être limitée ? »

                Enfin, est rapidement abordée la question de la chasse elle-même. Monsieur Allain indique qu’une interdiction ou une forte limitation trouverait sa fédération et les chasseurs dans la rue. Messieurs Kulka et Guillard parlent de l’économie de la chasse : 3 salariés, par exemple, dans le « Rallye Bretagne ». Ils signalent que ce rallye ne commence la chasse au cerf qu’en octobre, septembre étant réservé à des « chasses d’entraînement » sans mise à mort.

                Mais le but de la réunion étant surtout de trouver des convergences, la discussion s’arrête là.

                Ce qui n’empêche pas de se poser des questions…
On peut s’interroger, par exemple, sur cette forme de chasse héritée des seigneurs du Moyen-Age. A-t-elle encore une place dans notre société ? Ne pourrait-on pas imiter les anglais qui l’ont interdite ? Et, puisqu’il s’agit d’une chasse « à courre », ne devrait-on pas pour demeurer fidèle aux « traditions » tellement mises en valeur, en limiter l’accès à ceux qui courent : piétons, chevaux, chiens. Fini les laissez-passer pour les voitures et deux roues : les allées et sentiers s’en porteraient  infiniment mieux, les usagers de la forêt aussi.
                Et que dire de ces nouveaux riches, saigneurs bourgeois qui commencent et finissent leurs journées de chasse par des ripailles accompagnées parfois de beuveries ?… Il s’agit souvent de satisfaire et de fidéliser de bons clients pas toujours aptes à distinguer un jeune d’une biche adulte… Quant à ceux qui ont été verbalisés pour infractions et braconnages, comment peuvent-ils se voir attribuer à nouveau des lots de chasse en forêt ?  Ne devrait-on pas les réserver à des chasseurs « honnêtes », plus attirés par la détente que la tuerie ? C’est ce que préconise l’O.N.C. et que refuse la Fédération.
                On s’interroge aussi sur les Commissions Départementales qui se contentent de donner un avis, où les associations qui affirment défendre la nature et l’environnement ont une place… le plus souvent vide ! Comment être pris au sérieux quand on est absent lors des réunions ? Pourquoi si peu de communication des plans de chasse et attributaires, de la situation des grands animaux ? Associations et journalistes jouent-ils pleinement leur rôle ?

(1)    Chasse à tir le lundi et le jeudi ; chasse à courre le mercredi et le samedi ; auxquelles s’ajoutent la chasse à la bécasse et des journées supplémentaires en fin de saison lorsque les quotas ne sont pas atteints.