Projet d'aéroport à Notre Dame des Landes

 

                      Un aéroport à Notre Dame des Landes ?

 

Les POUR et les CONTRE : deux visions du monde qui s’opposent « et nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre. » (Jean-Marc Ayrault)

                A l’occasion de la grande manif de récupération de l’espace, un jeune de « Chemins d’avenir » m’a guidé sur Facebook vers un débat entre ados au sujet de ce projet d’aéroport, un sujet auquel toute association soucieuse de l’environnement et de l’avenir ne peut que s’intéresser.
                De ce bon exercice d’entrainement à l’argumentation  que l’on ne peut séparer des affrontements stériles et coûteux sur le terrain où l’on est bien loin de l’écoute, de la convivialité, de l’établissement de liens sociaux prônés par ailleurs, ressortent 4 attitudes :
 

       -->D’abord, « l’indifférent » qui s’amuse du propos : « Un aéroport à NDL, j’aurais pas loin pour boire l’apéro au retour, trop bien ! »

          Mais la quasi-totalité des intervenants prennent le projet au sérieux et ont un avis tranché, même s’ils connaissent mal le sujet et s’enfoncent parfois dans des considérations simplistes.

        --> Parmi eux, un premier groupe est constitué des « légalistes » :

P : « C’est la loi, il faut la respecter. Le gouvernement a décidé et le préfet, son représentant, a tous les pouvoirs de faire évacuer le site. En ne respectant pas les décisions des élus, les résistants (« hors la loi ») s’exposent à l’expulsion et à la répression. Gendarmes et militaires ne font que leur devoir et sont dans une situation parfois pénible pour eux, mais qui correspond à leur métier : faire respecter la loi. Ce sont les ministères de la défense et de l’intérieur qui représentent la démocratie. »

C : Mais, n’est-ce pas « un sale boulot » que de payer des gens pour taper sur d’autres gens ? Les opposants aussi défendent la démocratie, le droit à l’expression. Je ne suis pas pour la violence mais gendarmes et militaires devraient réfléchir avant d’agir: les lois ne sont pas toujours justes. Tout le pouvoir réunit dans les ministères de la défense et de l’intérieur, n’est-ce pas une forme de dictature ? »

          --> Le débat oppose principalement les « POUR » souvent liés à une vision à court terme de bénéfices immobiliers, de grandes surfaces, d’urbanisation symbole de modernité, de dynamisme et d’emplois. Quant aux « CONTRE », ils paraissent plus documentés. Soit parce qu’ils vivent directement la situation, comme ce fils d’agriculteur en limite de la zone qui défend un patrimoine familial et naturel, l’outil de travail de nombreux paysans… Soit parce qu’ils sont à la recherche d’un avenir durable, d’un progrès « basé sur l’innovation » et pas sur la répétition d’un modèle économique qu’ils jugent usé, orienté vers une crise perpétuelle qu’il faudra payer. Mais, laissons-leur la parole…

P : Le nouvel aéroport va créer des milliers d’emplois.

C : En fait, ce sera un simple déplacement d’emplois du sud vers le nord de Nantes avec augmentation de la dette (état, collectivités) et des impôts. Si c’était la solution magique, tout le monde ferait des aéroports.

P : La région sera dynamisée, la croissance accrue…

C : Dynamisée ou endettée ? L’aéroport risque surtout de développer les importations, et Blain, par exemple, commune dortoir, devra agrandir écoles, cantines, services publics sans apport d’industries, c’est ce qu’affirme une étude commandée par la municipalité : des impôts en perspective !!! Pour créer des emplois et dynamiser, il faudrait INNOVER, changer de modèle économique, développer des énergies renouvelables, éviter la destruction de la biodiversité…

P : La biodiversité ! Il n’y a qu’à voir les scores d’Eva Joly. L’écologie nous perdra, le bio ne mène nulle part, c’est la porte de l’enfer. L’heure n’est plus aux champs de légumes. Il faut de grandes surfaces commerciales et pas des petites boulangeries.

C : Croquer une aile d’avion au déjeuner, miam…miam ! Un centre commercial qui ouvre, c’est un bourg qui crève.

P : Les campagnes paumées comme NDL pourront se développer. Et ce sont les agriculteurs qui ont vendu leurs terres, bien contents de vivre sur le dos de l’état, ce n’est pas un détail tout l’argent déjà versé !

C : Si NDL ne se développe pas correctement, c’est à cause des interdictions de construire depuis 30 ans. Regarde les communes voisines : Grandchamps, Treillières, Vigneux… pas besoin d’aéroport ! Quant aux terres agricoles, elles manquent. Si certains ont vendu sous la pression, des paysans seraient bienheureux de racheter les 600ha acquis par le Conseil Général et de ne pas perdre les 1400ha encore prévus pour l’aéroport et ses accès, sans oublier les compensations pour les zones naturelles humides, la forêt de Rohanne rasée... Il faut se documenter avant de parler. Et il reste encore beaucoup d’argent à gâcher qui peut être sauvé.

P : C’est le progrès, et ça ne fait jamais de mal. L’aéroport actuel est saturé. Il faut bien construire au détriment des bourgs et campagnes. C’est pas grave, sinon il faudrait se déplacer en navire, à cheval ou… en légumes, revenir aux sentiers en terre, abolir l’électricité…

C : Ton progrès, il a une matraque comme pendant la guerre 39/45… Ce n’est pas un refus du vrai progrès, mais d’un projet inutile et ruineux comme l’affirment de nombreux scientifiques, des politiques. L’actuel aéroport peut être agrandi, réorienté (voir les témoignages des pilotes, l’exemple de Londres…) Et Airbus a besoin de la piste de Bouguenais. La fin des énergies fossiles approche, il faut innover et pas reprendre un projet vieux de trente ans, complètement dépassé. Mieux vaudrait investir dans les technologies vertes. En fait, les POUR se comportent comme des moutons qui « bêlent la presse ». On peut toujours changer d’avis quand on constate que l’on a tort (voir F. Hollande avec la TVA…etc…)

P : C’est uniquement une question de fric, on n’a aucun pouvoir. Il est trop tard, il faut se faire une raison… à moins que tu possèdes 30 milliards…

C : C’est grave de pas pouvoir changer les choses, d’être condamné à se taire.

               Finalement, du côté des POUR le dialogue s’achève au mieux par une bise, au pire sur des insultes voire des menaces physiques faute d’arguments, plus souvent sur un doute ou un aveu d’impuissance ; tandis que du côté des CONTRE on affirme qu’ « il y a tant d’arguments que la soirée ne suffira pas ».
                  Il ressort de ce débat que les jeunes s’intéressent à la vie sociale, à leur avenir, et regrettent vivement d’être exclus de choix déterminants. Face à des décisions économiques vieilles de trente ans (début du projet d’aéroport), à une conception de la croissance qui montre ses limites (produire toujours plus de produits dont le marché est saturé, épuiser jusqu’à la corde les ressources limitées de la Terre), les « Chemins d’avenir » ne sont-ils pas ceux de l’innovation, de la recherche pour une croissance différente, plus respectueuse de l’homme et de la Terre nourricière ? Oui, il y a bien là deux conceptions du monde qui s'opposent.

(Merci aux protagonistes connus et inconnus)