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Un Ayroport, sinon rien!

                                                              Un Ayroport, sinon rien !

                Venu de temps lointains, le narrateur, ingénu, découvre les lubies de Monsieur Ayro-Port et les bienfaits de notre civilisation.

                … Le hasard me fit débarquer dans les pays du Nord, plus précisément en Suède dans une petite ville renommée. Dans cette ville tout était fort étrange. Les gens circulaient dans des voitures surprenantes qui avançaient toute seules à une vitesse peu convenable. Même les chevaux avaient disparu !

                Il y avait aussi autre chose de bizarre : une sorte de boitier métallique que les gens avaient tous dans les mains et qui paraissait bien plus attirant que mes vaines salutations. Il paraît que grâce à cet objet on peut demander des nouvelles à des dizaines de personnes à la fois, ce qui est très efficace comparé à mes salutations individuelles.

                Tout à coup, pendant que je continuais mes découvertes, un oiseau gigantesque traversa le ciel et passa juste au-dessus de ma tête. Il était tout blanc. En me survolant, il poussa un cri stupéfiant semblable au fracas d’un de ces orages que j’aimais contempler durant mon enfance. Comme je voyais qu’il se rapprochait dangereusement du sol, je décidai de le suivre et j’arrivai dans un endroit gigantesque  qu’on appelle un Ayroport. Soudain, devant un de ces oiseaux, j’aperçus un homme qui se dressait tout nu et qui semblait pris d’une euphorie incontrôlée. Je voulus en savoir plus sur cet être dénudé et si heureux de vivre.

                Il me dit qu’il s’appelait M. Ayro-Port. Il m’expliqua qu’il venait de France et que son enthousiasme était dû au souvenir de sa belle contrée. Son pays était extraordinaire. Là-bas, ils fabriquaient de beaux avions, c’est le nom donné aux magnifiques oiseaux blancs. C’est pourquoi mon nouvel ami voulait à tout prix construire un Ayroport tous les cent kilomètres afin de pouvoir les accueillir. Il était donc en Suède, pays renommé pour son « développement durable », afin de promouvoir la construction de ces magnifiques réalisations.

                Je ne comprenais pas pourquoi les avions étaient si importants alors que les voitures sans chevaux allaient déjà à une vitesse phénoménale. Il me répondit catégoriquement que ce n’était pas comparable et que, par expérience, l’avion était nettement plus agréable. Il m’exposa ensuite le problème d’un Ayroport que l’on empêchait de construire dans l’ouest de la France. A la suite de son argumentation claire, précise et irréfutable, je ne pouvais que le soutenir dans sa démarche. En effet, de si beaux avions doivent avoir de la place pour se reposer entre deux trajets, même si quelques centaines d’hectares de prairies et forêts doivent être remplacés par ces Ayroports d’une modernité indéniable. Et quel plaisir, et quel réconfort pour les gens habitant à proximité du complexe de pouvoir jouir au passage de chaque avion d’un bruit mélodieux et excitant !

                Au cours de la discussion, mon mentor m’expliqua que s’il était tout nu, c’était pour montrer qu’une ville sans Ayroport, c’était comme un homme sans vêtements. Sur ce, il m’invita à me déshabiller, m’arracha même ma culotte sur laquelle il écrivit : « Des ailes d’avions, c’est trop bon, un Ayroport, c’est encore plus fort ! » Nous rejoignîmes ensuite le centre ville pour défiler en brandissant nos culottes. C’est alors que survinrent pas moins d’une centaine de femmes qui nous regardaient ironiquement. J’étais fort étonné par leurs moqueries et leur incompréhension à l’égard de notre lutte pour la modernité. Cependant, mon ami paraissait content de produire de l’effet. Il ajouta que cette ville était « bien trop écolo » et qu’il ressentait le besoin d’inhaler une bonne bouffée de dioxyde de carbone au Japon.

                Je ne m’attarderais pas sur les sensations nouvelles éprouvées lors du vol. Lorsque le contenu de mon estomac se déversa dans un petit sachet, mon ami m’affirma que c’était l’une des vertus du bel oiseau : il permettait de régurgiter le trop avalé.

                A peine avions-nous posé le pied sur les pistes japonaises que mes poumons me remercièrent pour les gaz vivifiants que j’inhalai et pour lesquels je ressentais déjà une certaine forme d’addiction. Cette cure de désintoxication remit également d’aplomb mon camarade qui avait souffert de l’excès d’oxygène pendant le trajet.

                Il m’emmena découvrir la ville de Tokyo. Ce fut grandiose ! De gigantesques bâtiments gris identiques à perte de vue, les fameuses voitures rejetant le précieux gaz et un nombre incalculable de personnes aux yeux allongés. Elles portaient toutes un masque blanc pour ne pas respirer de dioxyde de carbone. M. Ayro-Port m’interdit formellement de m’en procurer un. Ce n’était d’ailleurs pas mon intention car cet air pur faisait sûrement le plus grand bien à mes poumons.

                Au hasard d’une rue, des hommes de petite taille aux yeux bridés m’interpelèrent vivement. Ils me considéraient comme un fou parce que je ne portais pas de masque. Comme ils voyaient que je n’acceptais pas celui qu’on me proposait, ils m’entraînèrent jusqu’à une auberge particulière. On ne pouvait ni boire ni manger. Il y avait par contre un grand nombre de masques reliés à des tuyaux. On m’installa de force l’un d’eux sur le visage pour me faire subir une cure de « désintoxication ». Si mon mentor avait été là – il  avait échappé à la horde des masqués en montant dans une voiture rouge qui rugissait et clignotait de partout- je lui aurais bien demandé des explications sur ce terme contradictoire… Une fois le traitement infligé, j’entrai dans l’auberge d’en face pour m’y désaltérer. Entre deux gorgées, j’aperçus sur le mur une défense gigantesque d’éléphant d’Afrique utilisée en guise de décoration.

                Mon admiration dut surprendre mon voisin car ce dernier vint à ma rencontre. Il m’expliqua que lui aussi appréciait la chasse à l’éléphant et me proposa de l’accompagner lors de son prochain voyage en Afrique. Un certain Juan Carlos, friand lui aussi de ce genre de chasse, devait nous attendre à notre arrivée pour m’expliquer les bases de cet art merveilleux…

Pierre-Axel et Jean-Malo

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